• Écrans de fumée

    Il y a quelques temps (mois ?), une médecin se prenant pour une pseudo spécialiste a sorti que les écrans causaient l'autisme. Bon, en fait, non seulement c'est du complet bullshit (qui fait pourtant l'objet d'un lobbying assez important...), mais on sait tous bien que l'autisme cause en fait les écrans (et les vaccins).

    Un tweet que j'ai vu passer y faisait référence, puis je suis tombée sur un tout autre... errance internet classique.

    Et puis j'en suis venue à me demander : que serait ma vie sans les écrans au fait ?

    Je ne vais pas tout développer mais bon :

    (TW suicide)

    • je n'aurais jamais regardé C'est pas sorcier (ni Daktari), je n'aurais peut-être jamais été autant intéressée par les sciences de la vie et je ne me serais pas peut-être jamais dit que c'était à ma portée, ni dit que soigner des animaux, hééééé, ça pourrait se faire aussi tiens !

     

    • j'aurais toujours mes règles (et je me serais sans doute suicidée à cause de ça), ce qui me fait penser que j'ai fêté la semaine dernière (en même temps que mon anniversaire) mes 10 ans de pilule en continu durement acquise, qui me permet d'être libérée de mes règles.
      Si je peux m'en passer c'est grâce aux conclusions que j'ai faites de mes cours de SVT (on remercie l'esprit logique), mais aussi et surtout grâce à internet et aux informations provenant du site internet de Martin Winckler. Batailler fut compliqué mais finalement j'ai réussi. (et j'avais raison) Pour moi, la pilule est la meilleure invention ever.

     

    • je n'aurais jamais contribué à Wikipédia, et ça aurait vraiment changé BEAUCOUP de choses :
      • je n'aurais jamais rencontré certaines personnes qui ont une très grande importance aujourd'hui (on va éviter de verser dans les discours dégoulinant de mièvrerie svp)
        • je n'aurais du coup jamais su que j'étais autiste vu que l'intuition vient d'une d'entre elles. J'aurais juste continué à passer de phase dépressive à des phases où je me demande si je suis juste folle et anormale (euh, non), et peut-être (peut-être) je l'aurais appris 15 à 20 ans plus tard si j'avais eu de la chance.
        • je n'aurais certainement jamais été en Afrique du Sud pour assister à une conférence sur les projets Wikimedia, et je n'aurais certainement pas fait une intervention sur l'autisme devant un auditoire d'une quarantaine de personnes intéressées (!), je ne me serais jamais lancé dans un investissement associatif, et plein d'autres choses encore
      • je n'aurais peut-être jamais osé creuser certains sujets ou en découvrir d'autres

     

    • mon féminisme serait sans doute différent, j'ai tendance à penser plus mou, de même que je serais sans doute beaucoup plus ignorante de plein de questions sociales sans internet

     

    • j'aurais été certainement beaucoup plus isolée socialement, cf. point Wikipédia, mais aussi mais aussi le fait que je ne vais pas spontanément voir des gens que je ne connais pas sans y voir un intérêt, alors que je développe des relations à partir d'intérêts communs (est-ce qu'on saisit bien la nuance ? je ne vais pas voir les gens à l'aveugle et tester "pour voir", j'aborde les gens parce qu'ils semblent avoir quelque chose à m'apporter) (ou comment passer pour la personne la moins sincère du monde)
      Je ne suis typiquement pas la personne qui ira rencontrer des gens pour rencontrer des gens (mouahahaha quelle horrible idée), mais qui éventuellement nouera des liens avec des gens comme potentiel effet secondaire à quelque chose de commun (c'est définitif, c'est pas clair)
      Sans compter que les écrans, c'est ce qui me permet de rester en contact avec certain.e.s ami.e.s quotidiennement.

     

    • je me serais peut-être résignée à ne pas devenir vétérinaire, potentiellement parce que plein de gens m'auraient mal aiguillée au lieu de me donner des vraies informations (ça arrive à plein de gens de ne pas être bien orientés et de se voir fermer des portes, alors pourquoi pas moi...)

     

    • je n'habiterais certainement pas en Belgique, vu que ma coloc s'est installée en Belgique après une rencontre par internet (j'ai du mal à me remettre du fait qu'internet existait déjà) (chut)

     

    • étudier dans le supérieur aurait été beaucoup plus compliqué, parce que quand même, Google c'est tellement mieux que se perdre dans des livres dont on ignore totalement s'ils vont vraiment nous apporter LA réponse.
      Et puis sérieusement. Des études scientifiques en faisant de la recherche SANS sci-hub ? Soyons sérieux un instant.

     

    • étudier à la maison aurait été encore pire, si ce n'est quasi-impossible, parce que Wikipédia, les sites de soutien scolaire et les sites thématiques, c'est une mine d'information (quand on sait faire le tri). Les cours par correspondance fournissent rarement le matériel idéal pour apprendre, et il est souvent nécessaire de croiser plusieurs supports pour trouver quelque chose d'adéquat.

     

    En fait, sans les écrans, sans internet, je me sentirais énormément moins bien. Parce qu'internet, non seulement c'est une source d'information sans précédent, mais c'est aussi un endroit où des témoignages divers peuvent émerger.
    Les livres ? Oui les livres c'est génial, mais faut les avoir matériellement, ou y avoir accès. Internet, c'est comme des millions de livres disponibles en quelques clics, en quelques mots-clés. Et puis les livres, c'est rarement comme quelqu'un qui va te raconter son histoire, dans laquelle tu vas te reconnaître.
    Quand on se pose (énormément) de questions sur soi-même, internet est une mine d'or.

    Internet m'a aidé et m'aide à m'accepter. C'est le lieu, bien plus que la « vraie vie », où j'apprends à m'accepter, où je découvre des vécus en partie (un peu, beaucoup, parfois pas du tout) comme le mien. Au fil du chemin, c'est potentiellement lire, s'apercevoir que c'est normal, acceptable, et parfois s'ouvrir à une diversité à laquelle on n'a pas affaire « en vrai » devant chez nous.
    Oui, c'est ok de se sentir fatigué.e après avoir rencontré des gens. C'est ok de ne pas vouloir socialiser pour socialiser. C'est ok d'être stressé.e à l'idée de faire des choses qui sortent de la routine. C'est ok de vouloir se rouler dans sa routine. C'est ok de prendre soin de soi comme ça. C'est ok de dire à quelqu'un qu'on n'est pas certain.e d'être capable de faire quelque chose, plutôt que de frôler l'implosion parce qu'on doit juste le faire. C'est ok de mettre des lunettes de soleil en plein hiver parce que c'est quand même trop lumineux. C'est ok de finalement pas porter de vêtement à sa taille parce qu'on est mieux dans des vêtements trop grands taillés pour hommes. C'est ok de voir des couleurs et des formes quand on écoute certaines musiques ou qu'on a certaines émotions. C'est ok de ne pas pouvoir expliquer certains ressentis. C'est ok d'avoir de brusques changements d'humeur suite à une contrariété qui pourrait paraître mineure à d'autres (c'est peut-être un détail pour vous, blablabla). C'est ok de se sentir autant décalée parce que d'autres gens ressentent exactement la même chose.

    Tout ça, on aurait pu me le dire « en vrai » (encore aurait-il fallu qu'on ne me dise pas que ça allait s'améliorer en vieillissant ou que je m'écoutais trop par exemple), mais c'est différent quand quelqu'un qui le vit le dit ou l'écrit. Et ça a parfois plus d'impact encore quand c'est quelqu'un qui ne nous connaît pas (paradoxalement). Et parfois, tout ça ça aide à mettre des mots sur certaines choses, à s'identifier (les labels sont parfois utiles pour ça) et à s'accepter.

    Au final, avec les écrans, avec internet, j'ai beaucoup appris sur moi. Mais j'ai appris (et j'apprends toujours) beaucoup sur les autres aussi. Et j'ai fait de belles rencontres. Et tout ça, ça a changé ma vie et en bien.

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