• Parce qu'en écrivant et relisant mon dernier billet, cela m'a évoqué certaines lectures, les voici :

    -Wikipédia:Contributeurs autistes sur Wikipédia

    Cette page est un essai, rédigé par Tsaag Valren, qui a contribué à écrire de nombreux articles labellisés sur les races de chevaux et la mythologie, dont elle est spécialiste, ainsi que la thématique de l'autisme sur Wikipédia. Cet essai présente les particularités propres aux personnes autistes, recense diverses caractéristiques de Wikipédia qui pourraient rendre attrayant ce projet à leurs yeux, mais aussi ce qu'elles peuvent apporter de spécifique à Wikipédia (et réciproquement). Et surtout, quelques contributeurs et contributrices concerné.e.s ont également apporté leur témoignage à propos de leur expérience sur le projet.

    - Autiste et Wikipédien

    Il s'agit d'un billet rédigé par Guillaume Paumier en 2009, billet qui a depuis été traduit en plusieurs langues et qui est à l'origine de la conférence éponyme qu'il a donné à Wikimania en 2015. L'auteur aborde la manière dont son fonctionnement a certainement influencé son approche des projets Wikimedia, principalement sous l'angle de la communication et de ses expériences.

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  • Une des questions que je me pose depuis quelques temps par rapport à Wikipédia et mon expérience de contributeur, c’est : pourquoi ?
    Nan, sérieusement, pourquoi passer du temps à un truc totalement virtuel, financièrement non rémunérateur, avec au final peu si ce n'est aucune reconnaissance ? Spoiler pour couper court à cette interrogation : je sais pas trop, si ce n’est que, me concernant, c’est assez addictif et fort plaisant malgré tout.

    Dronte de maurice BW

    (pour comprendre le pourquoi de ce dodo, consulter ce billet, paragraphe Totem)

    J’ai commencé à contribuer à Wikipédia en 2009, j’avais donc 14 ans (et demi, soyons généreux). Aujourd’hui, j’en ai 22 (et demi, idem). Et j’y suis toujours. Pire : pour moi, Wikipédia est sans conteste une expérience assez importante dans ma courte vie.

    Une question annexe que je me pose encore plus souvent depuis quelques temps, c’est : est-ce que j’ai apprécié commencé à contribuer à Wikipédia parce que cela faisait écho à des choses qui me plaisaient déjà, à des traits de ma personnalité, à mes habitudes, à ma manière de voir ou de faire les choses, ou est-ce le fait de participer à Wikipédia qui a forgé la personne que je suis et influencé certains de mes traits actuels ?

    (l’œuf ou la poule, en gros)

     

    Ce dont je peux être certaine, c’est que désormais, je retrouve certaines caractéristiques de ma personnalité en Wikipédia, et des caractéristiques « wikipédiennes » en moi.

    J’aime les plans. J’ai toujours aimé les plans. Les progressions logiques dans les discours, dans les exposés, voire, plus vital, dans mes cours[1]. Quitte à réécrire entièrement un cours magistral d’université pour aboutir à un résultat satisfaisant, c’est-à-dire, avec un « vrai » plan, avec des ensembles d’informations cohérentes, et pas jetées dans le désordre au petit bonheur la chance, quitte à y passer des heures. Quitte à frôler la crise de nerfs parce que tel ou tel esprit désorganisé rendait son cours absolument imbitable.

    Personnalité : origine ou résultat d'une addiction wikipédienne ?J’aime les choses carrées. Définies. Je suis une accro des définitions – mes camarades pouvaient anticiper mes crispations en cours en constatant l’absence de définition des termes abordés. J’aime la précision. J’aime chercher, creuser, avoir une vue d’ensemble, savoir pourquoi c’est vrai. Je peux me prendre de passion pour un truc absolument insignifiant et me mettre à compiler compulsivement des informations sur cette chose (et me perdre ainsi dans les tréfonds de l’internet...). J’aime les détails (on dit que le diable est dans les détails, mais en fait, pas de panique, c’est juste moi).

    (image de droite : le petit carnet dans lequel, entre autres, je classe d'un côté les articles que je crée et de l'autre ce que j'aimerais améliorer)

    J’aime les choses qui se répètent. J’aime avoir un cadre un peu rassurant et prévisible, avoir certains automatismes. J’aime les protocoles, j’aime pouvoir anticiper – ou, avoir suffisamment anticipé le reste pour pouvoir gérer un évènement imprévu. Quand quelque chose ne tourne pas il devrait, il est toujours rassurant de pouvoir retourner à une occupation apaisante ensuite – mieux, qui n’aura jamais de fin.

    J’aime travailler et faire les choses dans mon coin. Si je peux éviter de rencontrer des gens ou d’interagir avec eux, je l’évite. J’aime ma tranquillité quand je travaille. Je suis un rat de bibliothèque ou de laboratoire plutôt solitaire. Je n’aime pas les « parasites » qui blablatent de la meilleure manière de faire pendant des heures sans avancer ou qui critiquent gratuitement ton travail de manière non-constructive, pour finalement soit te rendre leur part du travail d’une qualité déplorable ou, au mieux, t’abandonner au dernier moment (#vécu). Travailler seul.e est en quelque sorte, à mes yeux, un gage de sécurité et de tranquillité. Un moyen aussi de n’être redevable à personne – que ce soit pour un bon ou un mauvais travail. Alors certes, Wikipédia est un projet collaboratif ! Mais la différence réside dans le fait qu’il n’y a pas d’interaction sociale IRL, qu’une éventuelle collaboration se produit par écrit, et qu’il n’y a pas d’enjeu : pas de note, pas d’obligation de résultat. De plus, autant certains sujets sont assez « électriques » sur Wikipédia (je pense par exemple à la politique et certains sujets de société), autant d’autres sujets (qui se trouvent être souvent ceux qui m’intéressent et ceux sur lesquels je contribue) sont extrêmement tranquilles, quand ils ne sont pas désertés. Il est alors aisé de n’être qu’une petite fourmi parmi d’autres.

    Je suis beaucoup plus à l’aise à l’écrit qu’à l’oral. J’aime ordonner mes pensées, prendre le temps de les organiser, les rédiger de la manière la plus adéquate, fidèle et précise possible. Je n’ai aucune répartie à l’oral, sauf cas particuliers[2], bien que j’aie pourtant les idées (et vous savez, toujours ce « mais j’aurais dû dire ça… » et l’impression de passer pour quelqu’un de stupide sans aucun argument), mais l’écrit me permet d’exprimer, et dans certains cas de défendre, un point de vue, parfois le mien, avec beaucoup plus de facilité.

    Dans la même optique, je préfère la raison à l’émotion. Prendre le temps de la réflexion, avoir le temps de peser les arguments lors d’une discussion, prendre du recul, éviter les réactions à chaud, étudier ses propres réactions pour aller chercher plus loin que ses propres réflexes et schémas de pensée habituels.

     

    Alors, toutes ces caractéristiques : origine ou résultat de mon addiction wikipédienne ?

    Sur Wikipédia, une certaine logique règne : quelques règles et recommandations (routine), une construction globalement similaire de l’espace encyclopédique (= les articles), plein de trucs bien rangés (catégorisation des articles, portails), la coopération passe par la discussion (écrit), il est souvent possible de faire les choses dans son petit coin sans déranger personne (tranquillité), que ce soit des broutilles (pour satisfaire son côté psychorigide) ou des plus gros trucs (se donner l’impression d’être productive ou bonne à quelque chose ?) et il est possible de satisfaire à la fois sa sérendipité tout en se disant que ce ne sera pas totalement perdu (#bonneconscience ?). Et surtout : c’est presque infini.
    Il y a un côté rassurant de se dire que peu importe où, quand et presque quoi, il y aura toujours à faire et que malgré le côté mouvant de Wikipédia, se dégage une certaine fixité[3].

    Certaines caractéristiques étaient déjà présentes chez moi bien avant que je ne contribue à Wikipédia, clairement. Et certaines caractéristiques de Wikipédia n’étaient sans doute pas pour me déplaire.

    De nos jours et au moins depuis le début de mes études, je suis extrêmement vigilante aux sources des informations. Je n’aime pas les affirmations gratuites : il me faut l’origine de l’information[4]. Il m’est assez facile de gérer une grande quantité de sources et de les exploiter pour obtenir un ensemble cohérent et organisé, logique. J’aime rédiger dans un style absolument neutre et uniquement informatif, sans laisser transparaître d’opinion personnelle, comme finalement on me l’a demandé dans la suite de mes études. Je suis intransigeante avec certaines erreurs de typographie (cachez-moi ces guillemets anglais que je ne saurais voir), les majuscules non accentuées dans les rapports (ce qui me fait pousser de grands soupirs, quand ça ne m’agace tout simplement pas) ou carrément l’abus de majuscule dans les noms. À mon grand désespoir, je me suis aussi révélée bien plus au courant en matière de législation concernant le droit d’auteurs qu’une grande partie de mes camarades durant mes études alors que tout ceci me paraissait… évident (coucou aux L1 BCG qui avaient purement et simplement copié du contenu de Wikipédia sans rien citer, ni licence ni auteurs… champions --").

    Mais s’agit-il de déformation personnelle ou déformation wikipédienne ?

     

    Personnellement, je n’en sais rien. Peut-être les deux ? Je suppose qu’il serait logique de penser que Wikipédia m’a attirée par certains de ses aspects, qui plaisaient à certaines de mes tendances (rigueur, routine, volonté d’apprendre et de comprendre ?). En retour, elle a peut-être contribué à renforcer certaines de mes tendances (importance des sources, fiabilité des informations) et sans doute à m’ouvrir à d’autres aspects (discuter et collaborer avec des gens, même virtuellement, me sensibiliser à certaines thématiques de droit, de libre). Comme une espèce de réciprocité. Certains disent de « cercle vertueux ». Oserais-je parler d’enrichissement mutuel ?

    Ce qui est certain, c’est que j’ai grandi avec Wikipédia. À un moment que certains jugeront central dans mon développement et la construction de ma personnalité. Cela m’a sans aucun doute beaucoup apporté autant académiquement (qui plus est dans le cadre d’études scientifiques) que personnellement. Et malgré le côté solitaire de la contribution à Wikipédia, voire le côté originellement asocial de ma participation et mon souhait de n’en faire qu’une occupation parmi d’autres, il est amusant de constater que certaines interactions wikipédiennes virtuelles ont abouti à des échanges suivis très enrichissants, parfois à vraies rencontres, de vraies amitiés[5] ou parfois plus. Quand le virtuel atteint le réel.

    Mais ceci est une autre histoire…

    Personnalité : origine ou résultat d'une addiction wikipédienne ?

     


    [1] Au cas où tu te pointerais ici pour la première fois (sait-on jamais) lecteur, sache que j’ai mis les pieds dans un établissement scolaire pour la première fois à 16 ans quand j’ai eu mon bac, en allant à la fac de Bio.

    [2] Genre grosse colère ou face à une personne avec laquelle je suis assez à l’aise pour lui balancer des trucs pas agréables à la tronche #lasympathiemedécrit.

    [3] Il y a un petit côté doudou…

    [4] Lire l’anglais sans difficulté est un plus. Même si je ne l’ai réalisé qu’en L3. Je me suis rattrapée ensuite.

    [5] Moi qui ne sais pas me faire des amis durables. Ça mérite d’être salué je trouve.

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  • Avertissement : Ce billet exprime juste ma surprise face à des habitudes auxquelles, ayant seulement vécu en France, je ne suis pas habituée. Ce n'est en aucun cas un jugement de valeur (« c'est nul », « c'est trop con », « rhalala ces Belges, toujours pas compris le mot "logique" »...), juste l'expression d'une surprise par rapport à ce qui m'est (m'était) inhabituel jusqu'alors.


     

    Saviez-vous que les chèques n'existaient pas en Belgique ? Enfin, plus précisément, n'existent plus. Depuis presque 10 ans.

    Quand j'ai voulu payer mon premier loyer par chèque (la seule utilisation que je fais de mes chéquiers... qui pour une raison Y, s'accumulent neufs dans une enveloppe), on m'a dit « Euh non, ça va pas être possible. »

    Ici, les gens font tout (enfin, tout ce qui n'est pas réglé en liquide ou par un terminal de carte bleue) par virement bancaire.
    Mais pas le petit virement comme on fait tranquilou bilou en France, et vas-y que je me connecte sur mon compte, que je clique, je rentre mon montant et je valide.
    Non non.
    Les gens ont un équipement spécifique ici pour les virements (ou même pour simplement pour consulter leur compte en ligne). Dès que tu as un compte bancaire en Belgique, la banque te délivre un petit boîtier avec (gratuitement, c'est inclus). Je l'ai reçu avec une mine fort perplexe « Mais c'est quoi ce truc ? »

    This is Belgium #1 - Les paiements bancaires

    Genre moi j'ai ça** :

    This is Belgium #1 - Les paiements bancaires

    Cute non ?

    NOOOON.

    Cet engin du diable est une vraie galère complexité inutile pour la petite Française que je suis (en vrai, c'est pas compliqué, mais ça me fait râler quand même parce que c'est quand même plus long que de faire ses opérations à partir d'un compte français et ragnagni et ragnagna).

    Pour faire un virement en ligne, il ne suffit donc pas de se connecter à son compte en ligne avec son numéro client et son code de passe et basta (comme je fais pour mon compte français).
    Non non non.

    This is Belgium #1 - Les paiements bancairesUne fois connecté.e (j'expliquerai plus tard) à ton compte, pour valider ton virement, tu dois insérer ta carte bancaire dans ton petit bidule (par le dessus).
    Puis tu dois rentrer ton code de carte bancaire sur le bidule.
    Puis cliquer sur le bouton indiqué.
    Ça te donne un code de sécurité à BEAUCOUP de chiffres.
    Que tu dois rentrer sur le site de ta banque pour valider ton virement.
    Et seulement là, ça marche.

    En gros, pas de code = pas de virement.
    Pas ta machine fournie par la banque = pas de virement.

    Et vous savez quoi ? C'EST OBLIGÉ COMME ÇA AUSSI POUR LES ACHATS EN LIGNE ET POUR SE CONNECTER AU SITE DE SA BANQUE.

    À. Chaque. Fois. Même. Pour. Les. Achats.

    This is Belgium #1 - Les paiements bancaires
    OUAIS HEIN ??!
    (bon, ça, c'était ma tête quand j'ai appris que fallait faire tout ça***, mais c'était aussi la tête de ma roomate quand je lui ai appris que les numéros sur le recto et le verso de ma carte bancaire française suffisaient généralement pour passer une commande en ligne #deuxmondesenface)

    Certes, c'est plus sécuritaire si tu paumes ta carte j'imagine.

    Mais, autrement dit, tu pars en vacances sans ton bidule, t'es foutu.
    Ça veut dire pas de virement depuis ton lieu de vacances, pas d'achat en ligne (PAS DE LIVRE SUR AMAZON).

    La MERDE.

    Et même si t'as ton chéquier, bah, tu peux te le mettre là où je pense.

    Moralité : FAUT PENSER AU BIDULE.
    Moralité bis : Adieu achats compulsifs de livres. Parce que ça laisse trop le temps de réfléchir toutes ces étapes...

     

    * moment où je choque la moitié des Français. Heureusement que ce blog est peu suivi.
    ** non, c'est pas une pub déguisée.
    *** je suis partisane du "nan mais ok y'a peut-être un intérêt mais surtout on s'en passe quand même très bien" #réflexeprimaire

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  • Maison flottante Amsterdam 2

    Maison flottante Amsterdam

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  • Ceci est un brouillon immonde d'une infime partie du dedans de ma tête dans le désordre et le bazar le plus complet.
    Avec probablement de la contradiction dedans.
    Voilà.

    Les annotations sont importantes. Une fois lues, cliquer sur « Précédent » du navigateur.

     

    Je suis persuadée d’une chose[1] : si on se permet de manger certains animaux plutôt que d’autres et de les exploiter[2], c’est parce qu’on ne les connaît pas assez bien[3].

    C’est un fait et loin d’être un scoop : les espèces qui nous sont très proches ne sont pas consommées, ni tuées, dans nos sociétés[4].

    Il semble y avoir une délimitation nette entre celles-ci et les autres. En effet, nous sommes, pour la majorité d’entre nous, capables de transposer certaines émotions simples (peur, attachement, joie…) sur les animaux qui sont les plus proches de nous au quotidien, souvent implantés au sein de nos foyers, comme les chiens et les chats[5], voire ceux qui sont reconnus très proches de nous, génétiquement parlant, comme les singes par exemple. Nous sommes capables d’empathie envers ces animaux comme nous pourrions l’être, ou presque, envers un autre être humain. Nous trouvons donc généralement inadmissible qu’ils soient maltraités, qu’on les fasse souffrir gratuitement ou que nous les mangions[6]. Parfois, nous nous imaginons ce qu’ils ressentent – quitte à sombrer dans l’anthropomorphisme le plus crasse et nuisible, nous éprouvons de l'amour ou de l'affection pour eux. À nos yeux, ils sont quelqu’un.

    Bizarrement, cette empathie semble être à géométrie variable en fait.

    Pourtant, assez souvent, les personnes les plus virulentes à l’égard de ceux qui maltraitent un chat, un chien[7] n'ont aucun souci à avoir un bon steak bien cuit dans leur assiette, à manger des œufs de poules, sans que ça ne leur pose de problème éthique ou qu’elles ne se posent de questions particulières[8].

    Mais pourquoi une telle différence de traitement entre les quelques espèces que nous caressons et les espèces dont nous consommons les productions ?
    Bizarrement, notre empathie semble bien être à géométrie variable en fait.

    Le choix des espèces que nous consommons ou non est totalement arbitraire et dénué de bon sens. D’une part, nous ne mangeons pas certaines espèces parce que nous considérons que nous n’en avons pas besoin : nous ne mangeons pas de chien, pas de chat, pas de singe par exemple, sans doute en raison de la proximité abordée plus haut. d'autre part, à ces espèces s’ajoutent d’autres (comme le cochon) qui ne sont pas consommées par certains groupes sociaux. Dans d’autres cultures, certains animaux que nous consommons ne le sont pas (le bœuf par une bonne partie de l’Inde par exemple). Le choix des espèces que nous mangeons ou dont nous consommons les produits est donc totalement subjectif, dépendant des époques, des cultures et de multiples caractéristiques sociales. Qu’est-ce qui justifie donc que nous consommions une espèce X alors que c’est une espèce qui ne l’est pas ailleurs ?

    En dehors de cette facette purement « culturelle », c’est plutôt le rapport plus personnel à l’animal qui m’interroge. Il n’est pas rare d’entendre dans la vie courante des (grands-)parents (ou des gens) dire à leurs enfants « Ce n’est qu’un poulet, ce n’est pas très intelligent de toute façon », « c’est qu’un poisson », « oui mais un chien c’est pas pareil en fait, c’est plus intelligent ». Leur infériorité[9], leur supposé degré moindre de conscience ou leur intelligence inférieure dans l’esprit populaire semblent être autant d’arguments (parmi des dizaines d’autres, certes) qui permettent de légitimer leur consommation, voire leur déconsidération, qui permettent d’écarter cette préoccupation de notre esprit.

    Et si nous les connaissions vraiment mal en fait ?

    Je suis arrivée en Master d’éthologie, j’avais déjà une certaine réflexion personnelle[10] sur les thématiques du végétarisme, du véganisme et du spécisme[11]. Mais quand même, j’avais toujours ce vague préjugé selon lequel un piaf (n’)était (qu’)un piaf par exemple. Vaguement consciente qu’aucune espèce est plus intelligente qu’une autre, mais quand même. Enfin vous savez bien. Un poulet c’est pas un chien. Je veux dire, vous comprenez, c’est même pas un mammifère quoi… C’est probablement intéressant, mais pas pour moi merci. Et puis j’ai redécouvert Alex, ses capacités langagières et sa conscience du sens simples des mots. Et puis les cailles. Et puis un cours survolé de bien-être animal en élevage. Et puis j’ai bossé pendant plusieurs mois avec des oiseaux, même si c’était un choix « de secours » parce que j’aurais préféré travailler avec des chevaux, des chiens ou des humains (parce que bon, un oiseau, vous comprenez…). Et finalement, par mon travail, j’ai découvert que ces piafs, ils avaient vraiment leur personnalité, vraiment leurs besoins sociaux, je les ai (trèèèèès longtemps TT) observés, j’ai eu des interactions pseudosociales[12] prolongées avec « mes » piafs, je les ai étudiés théoriquement aussi (le nombre d’articles scientifiques sur les piafs que je me suis paluchée…). Et j’ai aussi pu constater mon impuissance à faire bouger les autres humains pour améliorer leurs conditions de vie, malgré les alertes, et les conséquences que ça avait sur les animaux. De juste « piafs », ces étranges volatiles sont devenus des entités absolument réelles, uniques, pas juste des piafs comme les piafs en général, comme on dit « les gens ». De cette expérience (et d’autres), j’ai finalement appris qu’un piaf, bah non, c’était pas qu’un piaf (nan, je radote ?).
    Maintenant, je vois les oiseaux – tous les oiseaux - sous un autre jour, avec un regard absolument différent. En gros, je les ai « décatégorisés » de leur sous-classe et ils comptent autant que comptent d’autres animaux que je connais mieux.
    Pourquoi ? Parce que j’ai appris à les connaître.
    Or, le poulet dans mon assiette n’est pas très différent de ces étourneaux avec qui j’ai travaillé. Je ne mange pas l’étourneau, pourquoi mangerais-je donc ce poulet ? et le raisonnement tient avec les autres espèces.

    Avec mes études, notamment les deux dernières années, j’ai appris d’autres trucs[13], sur d’autres espèces, même si certaines notions ont été survolées, comme celles du bien-être animal en élevage[14]. Pour ne prendre qu'un exemple, savez-vous que les veaux dont nous mangeons la viande (blanche) sont intentionnellement anémiés ? En effet, le foin qui devrait être leur aliment de base est riche en fer. Or, le fer, ça se fixe sur l'hémoglobine. Or, l'hémoglobine, c'est rouge. Et le consommateur n'aime pas trop ça, le rouge (vous comprenez, ça rappelle le sang alors...). Qu'à cela ne tienne, on va juste ne pas leur donner leur alimentation naturelle et les carencer volontairement en fer, et le problème sera réglé, on aura de la belle viande blanche !

    Sur le plan de l'« intelligence » (il y aurait tellement à dire sur ce terme), qui sait qu’un poussin est capable de compter jusqu’à 5 dès sa naissance ? Que le poisson est capable de ressentir douleur et souffrance, sans compter que ses organes peuvent être endommagés par l’absence de paliers de décompression quand il est pêché par exemple ? Que le cochon a une vie sociale extrêmement riche, que c’est un besoin d’interagir avec des congénères comme nous avons le besoin d’avoir notre cercle social ? que multitude d’animaux d’élevage, jugés stupides, rabaissés, nous sont en fait extrêmement proches sous bien des aspects ?

    Je suis persuadée que la connaissance du comportement des espèces animales nous les rend plus familières. Elle rapproche les espèces socialement « lointaines » ou « invisibles » de nous, nous rend leur existence moins abstraite.

    Nous connaissons bien les chats, les chiens, nous sommes capables de dire ce dont ils sont capables ou incapables, de leur reconnaître une personnalité même sans en avoir personnellement côtoyé. Cela relève de la connaissance commune : nous les connaissons. Ils sont quelqu’un. Avec une conscience, une personnalité, un vécu. Certains croiseront le chemin d’un lapin domestique, et refusent ensuite d’en manger, tout comme d’autres, après avoir côtoyé des chevaux, refusent d’en manger. Pourquoi ?

    Quand apprendrons-nous enfin à connaître les animaux que nous avons dans nos assiettes ?

    « Apprends-moi un mouton »
    Et si ce veau n'était pas qu'un veau ?

     

     

    Bref, tout ça à la base c’était pour dire que je suivais un MOOC sur les poulets.
    Oui.
    TOUT ÇA (mal écrit, brouillon, qui sera sans doute réécrit autrement, remanié plus tard dans un autre billet mieux rédigé) pour ça.

     

     

    [1] À cet instant précis ; opinion soumise à conditions et évolution, non contractuelle. Il est également possible de trouver moins cher ailleurs et de ne pas vous rembourser la différence.

    [2] Si on est amateur ou amatrice de vocabulaire, le terme adéquat est donc spécisme.

    [3] Mon propos n’est pas ici de discuter de l’utilité de consommer de la viande ou non ; plutôt de s’interroger sur le pourquoi nous nous autorisons à consommer la production de certaines espèces et pas d’autres.

    [4] « Le facteur déterminant, c'est la distance, socialement construite, qui sépare les humains de certains animaux. Ceux que nous admettons dans notre environnement proche ne sauraient être tués ni mangés. Toutes les sociétés, sous des formes et à des degrés divers, pratiquent ce traitement différencié. Y compris celles des chasseurs-collecteurs [personnes vivant principalement de la chasse et de la cueillette], dont l'exemple est éclairant. » sur Le Monde

    [5] J’exclus volontairement tout ce qui est NAC : lapins, cochons d’inde… les conditions relatives à leur bien-être et l’importance de celui-ci étant encore souvent sous-estimées par bien des « maîtres » ou humains. Quant aux chevaux, je trouve que leur statut affectif est tellement variable que je les exclus également. Allez zou :-P !

    [6] Je parle d’un point de vue absolument occidentalo-centré et moderne. En d'autres mots : c'est une vision nombriliste :D.

    [7] Par exemple, il suffit de parcourir certaines pages de Facebook ou des journaux régionaux en réaction à des cas de maltraitance animale des déclarations d'amour du genre « il mérite ke de crever » balancé par votre voisine Sylvette qui vous offre des biscuits à chaque Noël... Une bonne raison pour perdre doublement foi en l'humanité en somme.

    [8] Pourtant, quand on se penche objectivement (voir plus loin) sur la question, des problèmes éthiques, ça en pose. Des TAS.

    [9] Aux animaux. Pas aux enfants. Du moins ici.

    [10] Non pas qu’elle ait été super avancée, et tout. Mais déjà, elle existait. Perso, je trouve que c'est pas négligeable.

    [11] Quelle chance d’avoir eu une correspondante végane pour me faire turbiner le cerveau.
    Même si ça n’a pas été suivi d’effets immédiatement, et que je suis toujours en devenir.

    [12] Une interaction sociale se caractérise par une interaction entre deux individus de la même espèce. Une interaction interspécifique (entre deux espèces différentes) est dite pseudosociale.

    [13] Il est tout à fait vrai de penser que même sans faire ces études, j’aurais pu être au courant de ces pratiques, et j’en connaissais certaines d’ailleurs. Mais voilà : « apprendre » une information de manière objective et neutre (comme ici, dans le cadre académique, lors d’un cours sur le sujet) a plus d’impact sur moi que voir passer des informations émanant de sources partisanes. En d’autres termes, pour modifier mon comportement ou ma pensée, une information apportée de manière rationnelle, neutre et objective a plus d’impact qu’une information émotionnelle et partisane.
    Même si c'est critiquable et que dans certains cas, une information objective (exemple bateau : dire que le réchauffement climatique existe peut être perçu par certains comme partisan).

    [14] Ne riez pas au fond. Je vous ai entendus.

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  • « Aucun animal n'a été maltraité durant ce tournage »Mais si, tout le monde le connaît, ce petit agrément, qui est délivré par l'AHA (Animal Human Association), une organisation à but non lucratif chargée de veiller à ce que les animaux soient bien traités lors des tournages, et qui est souvent visible dans les génériques de films américains comportant des scènes avec des animaux dressés.
    Parce que quand même. Voir des animaux à l'écran c'est bien, s'ils sont bien traités et que tout ce qui leur arrive de mal ne reste que la fiction, c'est mieux non :) ?

    Bon, en fait, c'est du bullshit total. (#Bisounours ?)

    Par exemple, qui sait que malgré cet agrément, 27 animaux  sont morts durant le tournage du Hobbit ? Des chevaux, des moutons et des chèvres. Mais comme ça ne s'est pas produit durant le tournage des scènes (vous saisissez ?), le film a eu le droit à sa petite mention « No Animals Were Harmed ».

    Dans L'Odyssée de Pi, le tigre qui incarnait Richard Parker quand les effets spéciaux n'étaient pas assez réalistes, a failli se noyer d'épuisement pendant le tournage. Fox a minimisé. Pour le premier opus de Pirates de Caraïbes, des poissons sont morts pendant 4 jours suite à des explosions sous-marines. Lors du tournage de Cheval de guerre de Spielberg, le cheval phare est mort, mais l'affaire a été étouffée. Sur le tournage d'une comédie romantique Playboy à saisir, un dresseur a lâché un chipmunk, lui a accidentellement marché dessus et l'a tué. Durant la réalisation du téléfilm semi-biographique Temple Grandin, une vache a été tuée. Sur le tournage d'Antartica, prisonniers du froid, un chien a été frappé à plusieurs reprises. Pour Le monde de Narnia, les chevaux employés étaient régulièrement retirés du tournage, parce que boiteux ou blessés. À un moment, 14 chevaux étaient simultanément mis hors service pour des raisons allant d'une blessure sur le nez à des douleurs au dos. Il existe aussi des films où les chevaux sont morts, à cause d'une collision avec une caméra, parce qu'ils se sont empalés, ou ont été blessés par leur harnachement. Lors du tournage de There will be blood, plusieurs cheveux sont morts, dont deux de coliques, alors que quelques jours auparavant, l'AHA avait reçu un message anonyme comme quoi le temps était chaud, sec, poussiéreux et venteux mais que les chevaux n'avaient pas à boire.

    Pourtant, quasiment tous ces films ont reçu l'agrément « No Animals Were Harmed », ou, à défaut, une mention au générique comme quoi l'AHA avait supervisé le tournage.

    « Aucun animal n'a été maltraité durant ce tournage »
    Aiiiiiie confiannnnnnnnce...

    Pourquoi ?

    En réalité, si les animaux sont blessés mais de manière pas trop grave, ou qu'ils le sont mais « pas de manière intentionnelle », en gros, ça passe. Ça peut donc couvrir donc toutes les négligences possibles, qui passent en « blessure non intentionnelle », même ayant entraîné la mort. De même, si les « incidents » se déroulent hors caméras, c'est-à-dire en dehors de la juridiction de l'AHA, pas de problème non plus. Le film peut alors mentionner au générique le fait qu'aucun animal n'a été maltraité ou blessé durant le tournage...

    Cet agrément est donc un joli foutage de gueule et en aucun cas une garantie réelle que les animaux aient été correctement « traités » hors du champ des caméras.

     

    Ce rapide billet fait suite à la lecture du très intéressant et très détaillé reportage (en anglais) de 2013 à lire sur le site d'Hollywood Reporters, qui aborde également le « pourquoi » et le « comment » on en est arrivés là (spoiler : entre autres parce que l'AHA est financée par l'industrie cinématographique).
    Bonne lecture aux courageux qui s'y lanceront, mais c'est vraiment intéressant !



    >> Résumé sur Big Browser pour les non anglophones
    >> Article sur Slate (traduit en français)

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