• Article long et insipide.
    Potentiellement retranformé dans les prochains jours.

    Désolée dès le titre, d'associer l'adjectif « belge » avec l'idée de « ubuesque ». C'est bas. Je sais. Mais le fait est que je suis en Belgique, et que c'est une histoire ubuesque.

    Pour la faire courte, je cherche actuellement un travail. Quoi comme travail ?
    Tout simplement, (presque) tout*, du moment que c'est à temps plein et pour une durée continue supérieure à quinze mois (et plus si affinités).
    Je suis motivée, j'ai déjà une expérience de plusieurs mois comme auxiliaire vétérinaire, ai de ce fait des compétences en vente / secrétariat / gestion de stocks / entretien / et suis donc polyvalente, j'ai beaucoup (et rapidement) appris directement sur le tas/terrain et (ou parce que ?) je dispose de capacités d'apprentissage dignes d'une véritable éponge, je peux parler anglais si on se formalise pas trop de mon accent et commence même à Nederlands spreken, tout en demandant pas plus haut que le minimum légal (si, si, je vous jure) (de la motivation et ça sans la ruine, que demande le peuple ?)**.

    Bon, pour le moment, malgré tout ça, je n'ai essuyé que des refus.

     

    Il y a un truc qui m'occupe (me soucie ?) parallèlement à ça : ma voiture.

    Sachez donc, que si vous partez résider dans un autre pays de l'Union européenne, il vous faudra réimmatriculer votre véhicule dans votre nouveau pays de résidence (si, si, c'est obligatoirement obligé). Et là, les ennuis commencent.

    Pour la faire courte, avant de pouvoir atteindre ce niveau cette étape, il faut savoir qu'en Belgique, à son arrivée dans une commune, pour tout séjour supérieur à trois mois, il faut se déclarer à la mairie (stadhuis). Celle-ci est censée vérifier votre adresse (véridique : ils envoient vraiment un agent de police sonner chez vous), ce qui vous permet d'être inscrit(e) dans les registres de la commune, puis (plus tard) d'avoir un numéro de registre national (un peu l'équivalent de notre numéro de sécu en France), et (le Graal), à terme, d'obtenir votre carte d'identité pour étrangers (eID), si vous avez eu un emploi.
    Un sésame électronique qui vous permet de faire pleiiiiin de formalités en ligne, et qui a limite, ici, plus de valeur que vos papiers d'origine (du moins, c'est l'impression que ça me donne).
    Par exemple : ouvrir un compte ? besoin de la carte d'identité pour étranger. Avoir le droit de stationner en ville à l'année ? besoin de la carte d'identité pour étranger. S'inscrire à des cours de langues délivrés par la commune / la province ? besoin de la carte d'identité pour étranger (mais en vrai, sur ce coup là, j'ai rusé).
    Ça, c'est juste pour la carte d'identité.

    Pour réimmatriculer une voiture, il faut également l'assurer auprès d'une assurance qui sévit en Belgique. Ça peut être une assurance étrangère disposant d'agences sur le territoire ou une assurance typiquement belge, peu importe, du moment qu'elle assure bien sur ce territoire et que la voiture est réimmatriculée. Et là, c'est tout un foin. Honnêtement, après avoir visité tout ce qui pouvait paraître être un site officiel du gouvernement belge, sur les procédure de réimmatriculation, de dédouanement, d'obligation par rapport aux assurances... il n'existe aucun page informative, aucun document, synthétisant la démarche à faire pour réimmatriculer et assurer un véhicule « usagé » en Belgique, ni, quand on apprend auprès de quel bureau se présenter, quelle en est l'adresse. Il faut consulter une multitude de pages différentes, parfois incomplètes (?), parfois discordantes (?), sur chacune des étapes, tout étant « explosé » sur différentes pages web qui n'appartiennent même pas au même site.
    Exemple : sur cette page, indiquant que la demande de vignette 705 peut se faire par internet, sans indiquer à quelle adresse envoyer le tout (ni renvoyer vers une page qui indiquerait l'adresse), indique de « Joindre les documents nécessaires » sans préciser lesquels ni sur la page, ni sur le formulaire à télécharger...
    Bref : c'est une impression de bazar total.

    Mais le problème, c'est que, ça a beau être l'espace Schengen et tout le toutim, il faut être sûr(e) de ne pas être assujettis à la TVA (détenant un véhicule « usagé », ce n'est heureusement pas mon cas).
    La première étape, est de partir à la quête d'un formulaire rose de demande d'immatriculation. D'après un site officiel belge (me demandez pas lequel, c'est tellement le bazar qu'une fois sur deux je retrouve pas mes petits), il peut être trouvé auprès d'une assurance, dans une agence de douane, ou de la DIV (département d'immatriculation des véhicules).
    Là encore, ça a l'air simple.
    Mais c'est juste une illusion.
    Une fois démêlé (c'est fastidieux, ça demande de prendre des notes et de faire des flèches dans tous les sens), ça donne un truc un peu comme ça :

    En tant que propriétaire d'un véhicule importé, il faut obligatoirement faire dédouaner son véhicule. Pour une somme normalement modique (genre 1 €), sous présentation d'un certificat de conformité européen (qu'il faut réclamer à son constructeur, et heureusement que je m'y suis prise très à l'avance parce que c'est looooong à obtenir (plus de 3 semaines) et cher (95 € pour ma Renault)), de la facture d'achat (je ne dispose que d'une attestation de cession, l'ayant acquise auprès d'un particulier...) et du certificat d'immatriculation, vous avez le droit (sous réserve de vous pointer aux bons horaires et uniquement le matin) de repartir avec une vignette, la vignette 705, collée sur votre précieux formulaire rose (sur lequel vous n'avez le droit à ni erreur ni rature). Encore faut il trouver ce bureau de douane. Parce que si vous creusez sur le site de SPF mobilité... J'ai mis deux jours à trouver la liste des agences sur le territoire belge. Pourtant, les recherches sur internet, ça me connaît...

    Ensuite, le tout et la preuve d'assurance doivent être présentées à la DIV et un bazar dont je n'ai pas encore saisi toute la subtilité. N'étant pas encore passée à la douane, je ne sais pas si tout ceci ne se passe qu'en Théorie et s'il y a une grande différence avec la pratique...

    À ceci il faut ajouter que je dois parallèlement changer d'assurance. En effet, mon assurance française refuse de m'assurer si j'habite à l'étranger. Je dois donc faire la démarche avec résiliation anticipée pour cas de force majeure : déménagement, et en trouver une ici. Le tout dans les bons délais pour rester réglo par rapport à l'assurance française. S'il n'y avait que ça...

    N'étant pas satisfaite par les devis sur internet (because ma voiture rentre pas dans les cases - genre une GPL/LPG-essence inconnue des registres pour ce modèle de cette marque là – alors qu'on est bien d'accord que ma voiture elle existe hein) et souhaitant avoir affaire à des francophones (hors de question que je signe un contrat en néerlandais sans rien y comprendre) je me suis rendue à Bruxelles (à prononcer Brussel au fait, ça a l'air d'être un sujet sensible ici).

    J'arrive à la première assurance, conseillère sympa, tarifs intéressants (bon, pour les jeunes conducteurs ça reste du vol, mais si on se place dans une bonne perspective, ça pourrait être pire), conseils pour clarifier dans quel sens sont à effectuer les procédures de réimmatriculation, il fait beau et chaud, je suis arrivée avant une queue (en belge : une file) qui s'est formée pendant qu'on faisait mon devis, bref, parfait. Bon, la conseillère me dit que ce n'est pas elle qui va me donner le formulaire, mais le bureau de douane... Bon, pourquoi pas, mais je note que le site internet de SPF Mobilité me disait qu'il fallait se pointer à la douane avec le formulaire rose.
    Bon. Soit. On verra bien.
    C'est encore une belle journée.

    SAUF QUE.

    Pour payer mensuellement et non annuellement (= éviter de pleurer des larmes de sang par tous ses orifices ou se faire direct un hara-kiri), il faut un compte bancaire belge.

    (Je passe sur la seconde assurance que je suis allée voir, plus chère (enfin, moins chère mais avec moins de garanties), où j'ai plus eu l'impression de déranger qu'autre chose et où la conseillère était bien avare en conseils concernant la réimmatriculation)

    Du coup, je me suis dit que pour gagner du temps, j'allais ouvrir un compte dans une banque belge dans la foulée. Et c'est parti.

    Déjà, ça commençait un petit peu mal : la banque sur lequel mon dévolu était censé être jeté semblait fermée. Ou pour être plus exacte : j'ai pas trouvé l'entrée. Oui. Bon. Ça va. Ça peut arriver à tout le monde. Il faisait chaud (<- le rejet sur des causes extérieures se nomme en psychologie sociale l'erreur fondamentale d'attribution ; c'est une tendance humaine parfaitement normal normale), j'en avais plein les pattes et j'étais fatiguée. C'est avec un compatriote qu'on a trouvé l'entrée dans la rue de derrière (car deux cerveaux français valent bien un belge sur ce coup-là).

    J'arrive donc face au guichet, avant d'expliquer au guichetier que résidant désormais en Belgique et à la recherche d'un emploi, je souhaite ouvrir un compte. Le gars, fort occupé à discuter avec son collègue, va voir dans son armoire, en ressort une espèce de catalogue avec en couverture, le sommaire en fonction des pays d'Europe (en mode « l'ouverture de compte bancaire pour ressortissants de l'UE illustrée »), tout en m'annonçant que : « Ça risque d'être compliqué, parce que les formalités en France au niveau des banques en France sont toutes plus compliquées. » Toc, prends ça dans tes dents la frenchy.
    Il m'annonce alors que pour ouvrir un compte bancaire, il me faut présenter un contrat de travail.
    Ah, et mon numéro de FISC aussi.

    Un contrat de travail.

    *Incongruité de la situation*

    Sur ce, il me conseille d'aller plutôt voir du côté d'une banque concurrente plus loin et me dit au revoir.

    C'est en ressortant que je me remets à réfléchir : un contrat de travail ? Mais... comment fait-on pour ouvrir un compte si on est chômeur (mon cas) ? ou étudiant (pas de contrat de travail) ?

    Pour plusieurs raisons, j'ai finalement donc voulu tenter dans ma ville (néerlandophone, ayons le goût du risque !) avant d'apprendre qu'il fallait un rendez-vous pour ouvrir un compte. Retour à la case Belgian home du coup. Une fois rentrée, j'ai regardé la création de comptes en ligne, me disant que ce serait peut-être une solution plus rapide. Or, certaines banques, comme ING, demandent le numéro d'eID (carte d'identité belge) que je n'ai pas encore... À voir si demain, en allant directement en agence, il n'est pas possible de se dépatouiller sans et avec "seulement" un numéro de registre national...

    En attendant, je n'ai aucune certitude sur l'adresse de l'endroit où je dois me rendre demain matin money.

     

     beurk

     

     

    * Mais j'ai mes limites. Genre, la prostitution, ça a beau être légal ici, c'est pas mon truc. Un peu comme plongeur pour l'entretien des aquariums.
    ** Recruteur, surprends-moi. J'ai déjà un numéro de registre national.

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    2 commentaires
  • Manger de la viande éthique, est-ce vraiment possible ?


    Oui, mais pas n'importe comment, et cet excellent reportage le prouve :

    Il vous permettra enfin de clouer définitivement le bec aux extrémistes végétariens et végans qui vous entourent !

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  • Partie 0 - Ce qui va vous arriver
    Partie 1 - Quelques prérequis pour bien poser les bases : c'est quoi Wikipédia ?
    Partie 2 - Fonctionnement de Wikipédia : comment ça marche ?
    Partie 3 - Fonctionnement de Wikipédia : les bases de la contribution
    Partie 4 - Mais c'est qui un.e Wikipédien.ne ? Le portrait d'un.e Wikipédien.ne
    Partie 5 - Mais c'est comment un.e Wikipédien.ne ? La culture wikipédienne

     

     

    Associé au précédent, ce billet a pour but de montrer l'envers du décor concernant les gens qui contribuent à Wikipédia : qui sont-ils ?
    Le dernier articlep présentait le profil type « dans le civil » des wikipédien.ne.s. Cependant, il s'avère que comme au sein de n'importe quelle autre communauté, la communauté wikipédienne a développé un ensemble de

    Certains us et coutumes sont assez répandus chez une partie des wikipédien.ne.s, sans que cela ne revêtisse un quelconque caractère obligatoire.

     

    La PU

    La PU, ou « page utilisateur » désigne la page personnelle (mais publique) dont dispose tout.e contributeur.rice enregistré.e, et où cette personne peut dire qui elle est, et y présenter quelques caractéristiques personnelles, dans la mesure de ce qu’elle souhaite dévoiler : ses centres d’intérêt (les cochons d’inde, les pâtes, l’histoire, l’Inde, l’informatique, la sarcasme…), ses compétences (en langues étrangères, dans un domaine précis…), une éventuelle appartenance ou opinion (politique, religieuse, sociale…), son ancienneté sur le projet (nouveau, ancien), son implication éventuelle sur les projets de Wikipédia auxquels elles participe...

    Et pour cela, rien de tel que les boîtes utilisateurs ou « BU » : il en existe de milliers, dont la plupart sont classées ici.

    Assemblage de boîtes utilisateursQuelques BU.

    Placée en dehors de l'espace encyclopédique (là où sont publiés les articles), la PU est le seul espace un peu personnalisable dont on dispose. C’est donc un endroit dont beaucoup prennent grand soin.
    Les PU peuvent être très simples comme très chargées, très informatives ou beaucoup moins, certaines sont jolies, certaines sont presque poétiques, d’autres sont parfois touchantes, d’autres semblent étrangement nous ressembler, et personnellement, je me plais à croire que le style de la PU reflète un peu la personne qui l’a écrite.

    « Arrive-t-il parfois qu'on débarque sur la page d'un contributeur inscrit sur WP (la PU – Page d'Utilisateur – si vous préférez) et que subitement on se sente en symbiose ? Sans raison. Une illustration, quelques mots… Une émotion qui nait inopinément. Oh ! à gérer. Mais quel plaisir… »
    (PU de l’utilisatrice Égoïté)

    En plus de l’aspect « présentation », certaines personnes décident de faire partiellement ou entièrement de leur PU un endroit plus utilitaire, en s’en servant d’aide-mémoire wikipédien et en y plaçant des raccourcis vers des pages d'aides, de modèles...

     

    Les totems

    Culture wikipédienne ? Les wikipédien.ne.s - Be WP ! (5/5)Le totem est pour moi l’institution ultime. Bon ça tient surtout au fait que ça fait de moi un mignon dodo. Je vous explique. Le totem est une sorte de mascotte animale qui représente une « promotion » des nouveaux et nouvellesCulture wikipédienne ? Les wikipédien.ne.s - Be WP ! (5/5) arrivant.e.s wikipédien.ne.s de l’année. Pendant plusieurs années, les totems étaient choisis parmi des espèces animales disparues. Par exemple, l’année de mon arrivée (2009), ce fut l’année des dodosCulture wikipédienne ? Les wikipédien.ne.s - Be WP ! (5/5) (oui, je suis un FIER DODO s’il-vous-plaît), la suivante celle des grèbes roussâtres et celle d’avant des mégalocéros. Désormais, depuis 2011, la thématique est celle des créatures légendaires. Ainsi, les nouveaux et nouvelles de l’année 2016 sont des kitsune et ceux de 2015 des feux follets.

    Le totem de l’année est choisi après un vote comportant plusieurs suggestions. Et parfois, les discussions peuvent être rudes ! Ainsi, certain.e.s utilisateur.ice.s n’ont pas vraiment apprécié l’adoption du dodo en 2009… en témoigne cette discussion et cette BU que certains ont apposé sur leur PU « Je ne suis PAS un dodo ». Idem pour le Glyptodon en 2007.

     

    Le wikipédiholisme

    C’est un fait : contribuer à Wikipédia est fortement addictif. Certaines personnes développent même la compteurdédite. Pire,  chez d'autres, cela peut se muer en véritable obsession, le wikipédiholisme. Un test diagnostique existe.
    Vous êtes atteint.e ? Pour tenter de retrouver un soupçon de vie normale, une seule solution à employer d’urgence : le Wikipatch. Il peut éviter d'être contraint.e d'opter pour le wikislow voire le wikibreak. En attendant, il reste encore la wikiprière.
    Une chose importante : prenez soin de vous. Wikipédia a besoin de vous, oui, mais en forme !

     

    Les marronniers

    Les espaces communautaires de discussion de Wikipédia, et en particulier son Bistro (espace central <POV>quoiqu’un peu mourant et squatté par les mêmes personnes</POV>) génère parfois des discussions dont la thématique est récurrente. Wikipédia a donc ses propres marronniers (liste non exhaustive ici).

    En vrac, nous y trouvons : la féminisation des titres et des fonctions (exemple : Teresa May, Première ou Premier ministre ?), Wikidata (suppôt du mal vs. vous ne savez pas tout ce que Wikidata peut faire pour vous), la francisation des titres (« nous sommes francophooooooones » / « oui mais ce terme n’existe pas en français, alors flûte gardons le terme original et faites pas chier »), l’utilisation de caractères non latins (Tokyo ou Tōkyō ? depuis beaucoup de gens savent ce qu’est réellement un macron), le traitement des évènements de l’actualité (« trop récent, il n’y a pas de recul » / « oui mais vu l’ampleur, y en a déjà des tonnes va forcément y en avoir plus tard »), l’orthographe (avant ou après 1990 ? qui décide ? que faire quand quelqu’un décide de passer sur plein d’articles pour imposer l’un ou l’autre ?), l’accueil des nouveaux (« il faut prendre soin des nouveaux, ne pas leur laisser de message froid ou agressif » / « c’est une perte de temps, qu’ils commencent par faire plus d’efforts »), les contributions rémunérées (rares mais existantes, notamment quand des personnes payées par des entreprises interviennent sur des articles pour les « améliorer » à leur façon hum, hum…), faut-il parler de décès ou de mort d’une personne, convient-il de placer des avertissements de type spoiler dans les articles concernant des romans / films (« on ne va pas dévoiler l'intrigue à ceux qui n'ont pas encore vu le dernier épisode de Game of Thrones ! » / « non mais on va pas mettre un spoiler à Titanic ! ») ?…

    Ils ne reviennent pas tout le temps, mais il existe tout de même une certaine régularité. Des camps se forment parfois d’un côté ou de l’autre. Avec l’expérience, croyez-moi, on peut flairer qu’une simple question portant sur un sujet précis va très potentiellement se transformer en marronnier, et prendre des lignes et des lignes et des liiiignes de discussion... pour rien au final, puisque chacun.e restera campé.e sur ses positions et qu’aucun consensus ne sera trouvé. À celles et ceux qui ne veulent pas perdre de temps de s’en tenir éloigné.e… mais c'est fort amusant à voir de loin.

     

    Femme qui pointe du doigt et slogan I want you to show more wikilove - Licence CC 3.0, auteurs : Mikael Häggström, Kasuga~commonswiki, OtourlyLe wikilove, bordel !

    Le wikilove fait partie des recommandations associées au principe fondateur de savoir-vivre, et c'est une formule destinée à rappeler qu'il faut privilégier la discussion et la bienveillance au conflit stérile. L'application du wikilove inclut la cordialité, le fait de préférer la discussion et la négociation, de supposer la bonne foi, de s’abstenir de proférer des attaques personnelles, d'accueillir les nouveaux et nouvelles...

    Bref : le wikilove est une expression censée refléter l’esprit et l’attitude positifs que devraient adopter tous les contributeurs et contributrices pour faire avancer Wikipédia et en faire un endroit accueillant et ouvert.

     

    Les cabales et les wikirencontres

    Des rencontres plus ou moins régulières ont parfois lieu IRL (in real life = dans la vraie vie) entre contributeurs et contributrices. Elles ont souvent lieu entre personnes de la même ville ou de la même région. C’est l’occasion de discuter Wikipédia (et des autres projets Wikimedia), d’organiser des évènements comme des ateliers de contribution et de formation, des Wikipermanences (voir plus loin), des sorties photo etc.

    Les rassemblements informels de wikipédien.ne.s d’une même région sont généralement dénommés cabales. La plus historique est sans doute la non-cabale de l’Ouest (NCO) dont la mascotte n’est autre que sa célèbre hermine qui dispose de son propre compte Twitter. Mais il existe aussi la Cabale à la noix (Grenoble), la Cabale camembière (Toulouse), la Cubale (Bordeaux)…

    Des rassemblements de plus grande envergure ont également lieu : il s’agit de la Wikimania, annuelle, et de la Wikiconvention francophone.
    La première rassemble des wikimédien.ne.s du monde entier ; en 2017, elle aura lieu à Montréal. La Wikiconvention francophone rassemble des wikimédien.ne.s francophones (surpriiise), et est un tout jeune évènement, puisque sa première édition a eu lieu l’année dernière à Paris, et que cette année elle aura lieu à Strasbourg. Ces rencontres ne concernent pas uniquement le projet Wikipedia, mais l’ensemble des projets Wikimedia (incluant Wikisource, Wikiquote, Wikimedia Commons, etc.). Ça fait du monde il paraît.

    D’autres rassemblement visent à faire découvrir Wikipédia à de nouvelles personnes (i.e. trouver de la chair fraîche pour contribuer :P) ou des curieux.ses. Cela passe par exemple par des « Wikipermanences », c’est-à-dire des ateliers de formation à la contribution plus ou moins réguliers dans certaines villes (il y en a à Rennes chaque semaine à la bibliothèque des Champs-Libres par exemple, mais aussi dans d’autres villes), et encadrés par des wikipédien.ne.s volontaires et bénévoles. Des ateliers de contributions plus ponctuels et parfois thématiques ont aussi lieu, comme par exemple les éditathons (je vous ai parlé des édithatons ? de edit et marathon, les marathons d’éditions) où les nouveaux et nouvelles sont formé.e.s sur place.

     

    Bon. Mais avec tout ça, je n'ai toujours pas répondu à la question de départ.

    Et pourquoi ces personnes-là contribuent ? Pourquoi ont-elles commencé ?

    Tout ça pour en arriver au fait que... il n'y a pas de réponse.

    Parce que, c’est un grand mystère. Je ne sais pas si beaucoup de wikipédien.ne.s qui contribuent régulièrement seraient capables de dire comment ils et elles sont tombé.e.s dans la marmite.
    Par curiosité ? Par jeu ? Par « altruisme » (pour moi l’altruisme n’existe pas, ce qui mériterait un billet), pour partager de la connaissance ? Par ennui IRL ? Par envie de reconnaissance, au moins de la communauté?

    Il y a aussi une grande différence entre « commencer à contribuer », période d’essais souvent cruciale pour le ou la nouveau ou nouvelle, et contribuer « sur le long terme », voire faire davantage que contribuer en s'investissant IRL. Une chose est certaine : pour un certain nombre de gens, participer à Wikipédia constitue un loisir addictif, et c'en est parfois même le premier loisir.

    Mais justement, quelles sont les motivations à passer une partie de son temps libre à une activité non rémunératrice, parfois très chronophage, avec peu de reconnaissance à la clé (puisque la plupart des personnes utilisent un pseudo) de la part des lecteurs ?
    En 2007, une étude a ainsi montré que la première raison invoquée pour justifier sa participation à Wikipédia était le « fun ». Oui, oui, le fun. Venaient ensuite l’idéologie (la connaissance doit être librement accessible) puis les valeurs (volonté d’aider les autres). Après, les études sont encore peu nombreuses, et c’est encore un aspect des wikipédien.ne.s à creuser dans le futur.

    Pour ma part, je serais bien incapable de dire ce qui m'y a poussé (la curiosité de savoir comment ça marchait ? tromper l'ennui ?) et encore moins ce qui me fait rester année après année... La facilité d'avoir une occupation accessible ? de pouvoir lire, écrire ou corriger et apprendre des choses sur des thèmes qui me plaisent ? la dimension à la fois sociale mais aussi la possibilité d'y contribuer de manière solitaire ? le fait d'y avoir noué des liens sociaux durables et en lien avec Wikipédia ensuite ? l'ironique satisfaction d'avoir créé un article au nom bizarre, Trou-aux-Biches, comme 50ème article, d'avoir rédigé plus de la moitié de l'article consacré à l'étourneau sansonnet, des articles manquants sur une thématique que quasiment personne ne lira non plus, de constater que la toute petite ébauche de foyer de peuplement rédigée le 11 décembre 2009 est depuis devenu un « vrai » article grâce à l'action d'un autre contributeur ? de connaître un bled qui s'appelle Trouy ? de comprendre automatiquement la référence lorsque l'on voit une pancarte [citation needed] ?

    Il serait aussi intéressant sans doute d'observer ce que participer à Wikipédia peut apporter. Je serais bien en peine de mettre ça au clair tout de suite, mais je vois déjà plusieurs pistes possibles, comme la recherche systématique de sources, la recherche d'une typographie correcte, l'organisation des idées, la discussion... Après, à savoir si des traits personnels ont facilité mon adhésion ou si c'est Wikipédia qui les a développés... cela reste à démêler. Mais c'est sans doute un bon sujet de réflexion...

     


     

    Il y aurait encore beaucoup à dire rien que sur le fonctionnement interne de Wikipédia et je n’ai abordé tout ceci que (très) succinctement. J’étais partie pour écrire seulement un billet, en voici pas moins de cinq !
    Dans tous les cas, je reste persuadée que contribuer à Wikipédia est une expérience fort enrichissante à bien de points de vue, et qu’il y a mille et une manières de contribuer comme cela nous convient le mieux. Les lecteurs et lectrices ignorent souvent ce qui se passe derrière dans les coulisses…
    J’espère avoir levé une petite partie du mystère avec cette série d’articles.

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  • Spoiler :

    L'herbe est-elle plus verte en Belgique pour l'être végétarien ?


     

    Quand on n'aime pas cuisiner, les plats préparés c'est la vie (spécial dédicace aux lasaaaagnes). Ou les trucs genre très très simples (genre le combo pâtes + sauce tomate toute préparée) puisque je suis capable de foirer toute chose plus complexe (à de rares exceptions près).

    De la difficulté d'être un.e végétarien.ne fainéant.e (et peu inventif/ve)

    Sauf que quand on est végétarien, c'est un peu plus compliqué.
    Enfin, pour être plus précis : quand on est végétarien, qu'on n'aime rien et surtout (LE facteur limitant) qu'on n'aime pas cuisiner (comprendre = qu'on ne cuisinera pas davantage qu'avant, encore moins pour se lancer dans des expérimentations extrêmement hasardeuses).

    L'herbe est-elle plus verte en Belgique pour l'être végétarien ?
    Parce que tout le monde n'a pas les mêmes loisirs.

     

    Deux options principales s'offrent à nous.

    Primo, se rabattre sur les plats préparés végétariens. Pas pour tous les repas, mais pour les trucs un peu moins évidents à préparer simplement (typiquement, les steaks de soja, les raviolis...). Mais ils présentent les inconvénients d'être présents majoritairement dans les rayons bio (pourquoi pas...) ou diététique (en mode je fais un régime végétarien pour maigrir sans doute ?), en plus d'être souvent présentés dans des portions individuelles. Ils sont donc forcément plus coûteux (mais miam ces raviolis au tofu...).
    Secundo, si vous avez quelqu'un qui aime cuisiner et qui cuisine pour vous (parce que oui, c'est actuellement mon cas depuis peu et c'est tellement terriblement immensément énormément GÉNIAL), vous pouvez refaire les plats carnés que vous adoriez avant grâce aux substituts végétaux (genre tofu, soja, seitan et autres trucs végétaux). Et au cas où ce ne serait pas évident, ils ont l'avantage d'être parfois extrêmement similaires à leurs homologues carnés (du moins, je n'ai pas été dépaysée).

    Pour la personne peu douée et peu amatrice de cuisine que je suis (parce que même faire une salade m'ennuie), les plats préparés et les substituts ont deux avantages majeurs / non négligeables :
    - je ne vais pas me priver de plein de trucs que j'aimais avant s'il existe une version végétarienne (LASAAAAAAGNES (pas de légumes même si les lasagnes aux légumes c'est bon aussi)). Je ne suis pas masochiste, déjà j'aime pas beaucoup bouffer alors en plus je vais pas me priver de trucs que j'aime.
    - quand vos repas sont communs (et que cette personne n'est pas obtuse bien entendu), un.e omnivore aura davantage de facilité à accepter de manger pareil et sera moins frustré.e de pas avoir « sa viande » avec un substitut végé.

    Mais encore faut-il que tous ces produits soient accessibles. Géographiquement parlant, à Paris c'est easy, à Ploudenbec-dans-le-Néant au coeur du Morbihan ça risque d'être plus compliqué... Tous les commerces alimentaires n'en font pas : pour l'épicerie du coin, à moins qu'elle soit bio ou alternative, ça va être chaud, on augmente ses chances en accédant à une grande surface, mais l'éventail de possibilité reste tout de même généralement assez menu.
    En France, il n'y a pas énormément de choix, steaks de soja, galettes de boulghour, raviolis au tofu... au rayon diététique. Oui oui. Diététique. À côté des Gerblé, de quelques trucs bio paumés, et d'autres aliments pour sportifs. Un peu perdu au milieu. Mais ça reste quand même « marques estampillées bio, françaises ou avec une approche diététique » et pas ouvertement végétarienne quoi.

    Je rêvais d'un autre monde

    (en vrai, j'ai juste traversé une frontière mais je trouvais pas de titre...)

    Et puis, j'ai débarqué en Belgique.
    Et là, c'est probablement pas le paradis du végé, mais diable, j'ai vu la différence.

    Dans ma ville (1/2 h de Bruxelles), rien qu'au niveau des restau, il n'est pas rare du tout d'avoir des alternatives végétariennes (plus rarement végétaliennes par contre...) sur les menus.
    Et pas juste une salade avec des frites, c'est quand même souvent plus élaboré. Dans un restau de burgers, il y avait tout de même 3 burgers végé (ça paraît pas beaucoup, mais par rapport à rien du tout, je prends !). Là où j'habite , se trouvent deux restaus véganes* en ville (un format fast-food, et un où faut réserver sinon c'est plein). Genre même la steakhouse de ma ville propose deux alternatives végé sur son menu...
    (j'ai pas encore testé le MacDo)

    L'herbe est-elle plus verte en Belgique pour l'être végétarien ?
    Moi en voyant les menus.
    (une fois que j'ai réussi à les déchiffrer en néerlandais)

    Et la grande distribution.

    L'herbe est-elle plus verte en Belgique pour l'être végétarien ?Les magasins alimentaires ont souvent un rayon végétarien. Pas grand, mais un rayon quand même.
    Et surtout, pas mélangé avec les trucs minceur / diététique / bio / green, un rayon vraiment veggie.
    Genre au Colruyt, magasin discount, on peut trouver des escalopes à la grecque, steaks, nuggets, saucisse, burgers à diverses saveurs, boulettes, tartinades, lamelles pour wok, falafels, hachis, le tout végétarien. Sans compter les produits surgelés comme les escalopes panées et les cordons bleus.
    Avec tout ça, il a été possible de faire des poivrons farcis, des pâtes aux légumes mijotées au wok, ou de se faire un repas simple escalope / purée / petit pois.
    Pas le plus diététique du monde, mais croyez-moi, quand on cuisine pour vous, même de manière traditionnelle, tout devient excellent - et quand c'est végé et épicé, c'est le summum du pompon.
    (j'vous jure, je mange même des choux bizarres blancs, du céleri et des petits pois !!!)

     

    Et au Carrefour, j'ai trouvé du tofu (oui, c'est un produit de base et pourtant il n'y en a pas au Colruyt, du moins pas qu'on ait aimé), des brochettes, escalopes diverses et variées.
    Et (roulement de tambours), du fromage végétalien.

    L'herbe est-elle plus verte en Belgique pour l'être végétarien ?
    Fromage végétalien, 18 € le kilo (un peu plus chère qu'un vieux comté).

    Oui oui.
    Du fromage végétalien.
    Du fromage sans lait animal.

    L'herbe est-elle plus verte en Belgique pour l'être végétarien ?
    Oui mon chou. C'est pas en France qu'on trouverait ça au Carrouf du coin, hein ?

     

    En somme, le fait d'être végétarien a l'air bien plus... courant ? démocratisé ? visible ? ici, et pour le moment, la disponibilité des produits fait que c'est bien plus pratique qu'en France.

    Après, cela reste relatif : je compare seulement aux endroits que j'ai connus en France (pas vraiment réputée pour se détacher de ses traditions culinaires...), et le végétarisme comme il m'apparaît pour le moment en Belgique ce n'est sans doute rien par rapport à d'autres pays comme l'Allemagne, où il est paraît-il beaucoup plus simple d'être végéta*ien... Sans compter qu'en France, les végétariens représenteraient entre 2 et 3 % de la population, contre 5 % en Belgique, tandis que les végétaliens représenteraient 15 % des Britanniques.

    Bref.
    En devenant végétarienne, mon principal regret était de devoir dire adieu aux lasagnes (vu que je ne cuisine pas, il ne fallait pas se faire d'illusions).
    Et ben pourtant, avec un hachis végétal, on n'y voit QUE DU FEU. Genre vraiment. C'est d'la bonne.
    Après, encore faut-il avoir une personne qui fasse ces lasagnes, ce qui ne règle pas totalement la question de l'être végétarien fainéant ; certes. Mais quand même. Un pas après l'autre.
    Un jour, j'atteindrai l'autonomie culinaire. Un jour.
    Pour le moment, je me réjouis des petits plats qu'on fait pour moi.

    Désormais, à part pour les chips à la crevette et les yakitori (dont je n'attends que le moment où je vais découvrir les alternatives végé car je suis certaines qu'elles existent - genre utiliser du tofu caramélisé ou ben voilà), définitivement plus aucune partie de moi ne regrette ou n'a de doute sur ce végétarisme.

     

    Vivent les lasagnes !

     


     

    Lexique :

    - Végétarien.ne : qui ne mange pas de viande.
    Un pesco-végétarien.ne mange cependant du poisson (mais je comprends pas la logique de ne pas considérer le poisson comme une viande...). On parle également d'ovo-lacto-végétarien.ne pour

    - Végétalien.ne : qui ne mange aucune produit issu de la production animale, c'est-à-dire ni viande (poisson inclus), ni œufs, ni lait, ni miel par exemple.

    - Végane : qui est végétalien, y compris "en dehors" de l'alimentation, c'est-à-dire qui n'utilise aucun produit issu de l'exploitation animal (ni cuir, ni fourrure, ni cosmétiques testés sur les animaux...). Plusieurs courants de pensée existent au sein de ce mouvement, les welfaristes et les abolitionnistes notamment.

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  • En attendant le prochain billet qui demande une petite relecture, voici de quoi faire patienter !

    Wikipédia par l'anecdote : le selfie du macaque
    Wikipédia par l'anecdote : le selfie du macaque

     

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  • Partie 0 - Ce qui va vous arriver
    Partie 1 - Quelques prérequis pour bien poser les bases : c'est quoi Wikipédia ?
    Partie 2 - Fonctionnement de Wikipédia : comment ça marche ?
    Partie 3 - Fonctionnement de Wikipédia : les bases de la contribution
    Partie 4 - Mais c'est qui un.e Wikipédien.ne ? Le portrait d'un.e Wikipédien.ne
    Partie 5 - Mais c'est comment un.e Wikipédien.ne ? La culture wikipédienne

     

    Bon, tout ça c’est bien joli, ça reste quand même (un peu) technique. Ça manque d'humain tout ça.

    Mais en vrai, c’est quoi, c’est qui un.e wikipédien.ne ?
    Genre, c’est une espèce rare (plutôt oui) ? Ça se croise dans la rue (oui) ? Ça vit de jour (peu), de nuit (pas mal), dans une zone géographique particulière (oui, avec accès internet) ? Est-ce que c’est grégaire (pas trop), y a-t-il des migrations saisonnières (ça arrive) ? Quelle est la culture qui lui est associée ? Et surtout : quelle est son origine ?

    Vaste question.

    {{Voix masculine de documentaire}}

    Décrivons tout d’abord le portrait-robot d’un.e contributeur.rice, et dans le billet suivant, nous nous attacherons à décrire ses mœurs, principalement tout ce qui touche à l'aspect culturel.

     

    Profil

    Le.a wikipédien.ne est une espèce que l’on pourrait qualifier, sans trop de risques, de peu commune et globalement assez discrète. Par exemple, le nombre de wikipédien.ne.s qui avaient réalisé plus de 5 modifications sur la version francophone en décembre s'élevait à 4840 personnes environ. Dans le civil, certain.e.s ont comme hobby de faire du poney, de jouer au tennis ou aux jeux vidéos, de manger du fromage, de traîner dans les musées ou de programmer des trucs (il paraît). D'autres (ou ceux-là et celles-là même des fois) contribuent à Wikipédia (dans l'ombre) (ou la lumière des fois) (ça dépend) parfois sans que personne de leur entourage (quand ils et elles en ont un) ne soit au courant.

    Contrairement à Obélix, le.a wikipédien.ne ignore cependant souvent comment lui est arrivé ce coup du sort et comment il ou elle est passé.e de ce côté obscur. Mais le.a wikipédien.ne a avant tout été un.e lecteur.rice de l’encyclopédie : environ 6 % des personnes consultant Wikipédia y contribuent également.

    Quelques rares études ont également un peu creusé le sujet.
    Le profil type du / de la wikipédien.ne est ainsi plutôt une personne masculine âgée entre 20 et 30 ans, plutôt diplômée, de classe cadre. Selon une enquête menée en 2011 sur la base du volontariat et auprès de différentes versions linguistiques, l’âge moyen des wikipédien.ne.s est de 26,14 ans et ils et elles sont majoritairement diplômé.e.s de l’enseignement secondaire (~ 33 %), d’une Licence ou équivalent (25 %) ou d’un Master ou équivalent (18 %). Cependant, les profils et les expériences sont très variés.

    L’un des traits les plus marquants est que la communauté wikipédienne est très majoritairement composée d’hommes. Ainsi, selon la même étude de 2011, 86 % des contributeur.rice.s étaient des hommes et 12 % des femmes*. La même année, une étude de la communauté francophone a montré que 80 % des contributeur.rice.s étaient en fait des contributeurs. Les différentes études s’accordent sur un pourcentage de femmes contributrices compris entre 8 et 16 %. Cet écart, pour le moins énorme, entre le nombre de contributeurs et de contributrices fait l’objet d’un questionnement, et on parle désormais de gender gap (fossé de genre ou « biais de genre »). À tel point que le sujet est devenu connu et dispose désormais de son propre article, intitulé Biais de genre sur Wikipédia.
    À ceci s'ajoute le fait que le « wikipédien type » du coup, s'avère également être blanc et hétérosexuel*.

     

    Cherchez la femme !

    Pour en rester au gender gap cependant, cette disparité entre nombre de contributeur.rice.s masculins et féminin.e.s est souvent mise en lien avec le fait que les sujets traitant des femmes sont moins abordés ou moins développés dans l’encyclopédie. Par exemple, en 2016, la Wikipédia francophone comptait 450 000 biographies d'hommes et seulement 75 000 biographies de femmes (soit 14,3 % de biographies traitant de femmes).

    Malgré tout, à titre personnel (oui, là, mon point de vue entre ouvertement en scène), je ne suis pas convaincue que ce soit la présence minoritaire de femmes contributrices qui entraîne une différence de traitement entre les sujets.
    Cela sous-entendrait donc que les femmes auraient davantage tendance à traiter de sujets sur les femmes (et donc les hommes à traiter des sujets sur les hommes) ?... Je trouve personnellement ce point de vue assez réducteur... voire renforçateur de stéréotypes. D’autant plus que tout le monde n’aime pas travailler sur des biographies et que le principe de Wikipédia est de contribuer selon nos intérêts.
    Je pense néanmoins que cette différence de traitement entre les sujets est du moins, en partie, à rapprocher de la différence retrouvée IRL  (in real life, dans la vie réelle). Quel est le pourcentage d’hommes célèbres traités et étudiés dans les manuels scolaires, les ouvrages de référence (= les sources), les documentaires, par rapport au pourcentage de femmes ? Tout le monde connaît Blaise Pascal, Louis Pasteur, Darwin, Benjamin Franklin pour ne citer que des scientifiques (oui, je justifie avec mon domaine de compétences), beaucoup moins de gens connaissent Ada Lovelace (inventrice du premier algorithme), Elizabeth Blackwell (première femme médecin au Royaume-Uni), Nettie Stevens (découvreuse des chromosomes X et Y), Virginia Apgar (inventrice du score de Apgar, calculé pour tous les nouveau-nés) ou Rosalind Franklin (biologiste qui a participé à la découverte de la structure de l’ADN et dont seuls les 3 collègues hommes ont obtenu le prix Nobel). Il existe de nombreuses femmes d’importance certaine (largement admissibles du point de vue des critères d'admissibilité - voir billet précédent), mais elles sont beaucoup moins mises en lumière, et de ce fait, on en parle (et on les connaît) beaucoup moins.
    Bref, je pense que cet écart entre le nombre de biographies de femmes et le nombre de biographies d’hommes est principalement à rapprocher du traitement différencié que les femmes ont subi dans l’Histoire (souvent éclipsées au profit de personnalités masculines), puis dans les recherches de cette discipline (se basant elles-mêmes sur des sources potentiellement biaisées), plutôt qu’à l’absence d’un nombre suffisant de femmes contributrices…
    De plus, l'excuse du moins bon traitement des sujets étiquetés « féminins » comme résultat de la présence insuffisante de contributrices ne serait-elle pas une nouvelle excuse pour en rejeter la responsabilité sur le dos des femmes :/ ?

    Dans tous les cas, le biais de genre concerne à la fois la quantité de femmes contributrices et la couverture des sujets liés aux femmes (ou étiquetés comme tels), notamment les biographies, sur l’encyclopédie. Cependant, pour ce billet, c’est surtout du premier aspect dont je veux parler : la présence très minoritaire de femmes sur le projets.

     

    Mais pourquoi aussi peu de contributrices ?

    Cette disparité extrême entre nombre de contributeurs et de contributrices a ainsi été ouvertement reconnue par la Wikimedia Foundation comme étant un important problème.
    Plusieurs raisons sont avancées, dont les neuf suivantes par Sue Gardner qui a été la directrice exécutive de la Wikimedia Foundation :

    • Licence CC BY-NC-ND - auteur = Irøni(e)La froideur de l’interface, qui ne serait pas assez « user-friendly » (les modifications étant de facto réservée aux « geeks » ; désormais, un éditeur visuel permet de modifier les pages d’une manière similaire à un logiciel de traitement de texte. Les pages de discussion ont été jugées peu attirantes sinon carrément intimidantes par une linguiste américaine)
    • Le manque de temps libre (les femmes étant toujours plus occupées par les tâches domestiques que les hommes, la double journée etc.)
    • Le manque de confiance en soi (les femmes ayant tendance à moins s’affirmer et étant davantage éduquées à écouter qu’à se faire écouter)
    • L’aversion du conflit (sur certains sujets, des discussions peuvent parfois être houleuses, des « guerres d’édition » peuvent survenir, une minorité de contributeurs étant souvent impliquée)
    • La crainte de voir ses modifications annulées ou supprimées
    • L’atmosphère globale qui serait jugée sexiste (certaines marques d’« humour » sur les pages communautaires ou personnelles par exemple)
    • Le caractère « sexué » de la culture wikipédienne (pendant longtemps, les administrateur.ice.s étaient représenté.e.s comme des personnages féminins tirés de mangas en tenue de soubrette par exemple)
    • Le fait d’être désigné par le terme d’utilisateur au lieu d’« utilisatrice » quand la langue marque le genre grammatical qui peut être perçu comme dérangeant
    • L’absence de relation sociale « réelle » au sein d’un espace bienveillant

     

    Après, il est probable certaines raisons ne sont probablement pas uniquement spécifiques aux femmes (ex. l’aversion pour les situations conflictuelles), mais qu’elles peuvent dans une grande majorité leur être appliquées. On peut remarquer que beaucoup des traits soulevés renvoient à la manière dont les filles sont éduquées : durant leur enfance, on remarque que les garçons et les filles ne sont pas considérés ou socialisés de la même manière, et ce, dès la naissance, sur le critère de leur sexe anatomique. L’acquisition des normes sociales, ou des « comportements socialement attendus » est progressive et très précoce. Dès l’âge de 2 ou 3 ans, des enfants sont « capables » de déterminer si tel ou tel objet est un item « de fille » ou « de garçon ». On aboutit peu à peu à l’association de la douceur, de la sensibilité, de l’écoute à un tempérament « féminin » alors que la compétition, la domination et le pouvoir seront associés au tempérament « masculin ». Dès lors que de telles différences sont socialement construites et établies, il est compréhensible qu’un un milieu « masculin » (typiquement, l’espace de contribution wikipédien, tout d’abord fondé par des chercheurs et des geeks) pourra sembler inhospitalier pour quelqu’un ayant été éduqué pour répondre à un tempérament « féminin ».

    We can edit ! - Domaine public ; auteurs : Jim Howard Miller (affiche originale) et Tom Morris (modification)Tout ceci n’est certes que général et ne démontre que des tendances (mais des tendances scientifiquement établies : traitements différents entre genres sur la base du sexe anatomique présumé, socialisation différenciée, associations de caractéristiques différentes sur la base du genre…). Il ne faut pas non plus oublier que les contributrices ne sont pas totalement inexistantes sur Wikipédia, que beaucoup s'y plaisent aussi, et que tous les espaces d'échange ne sont pas particulièrement inhospitaliers – loin de là. Mais peut-être qu’effectivement, pour toutes ou une partie de ces raisons, Wikipédia est peut-être un peu moins attirante ou attrayante pour le commun des mortelles que pour le commun des mortels.

     

    OK et après ?

    On pourrait très bien se dire qu'après tout, si les femmes préfèrent ne pas contribuer, tant pis ou tant mieux pour elles après tout. Cependant, leur absence ne risque-t-elle pas de biaiser une partie du contenu ? Tout comme l'absence d'autres groupes sociaux ? Car en effet, ce problème de diversité n'est pas propre à la question de genre ; l'encyclopédie a également le défaut d'être particulièrement occidento-centrée par exemple... parce qu'elle est principalement rédigée par des personnes occidentales, certes en toute bonne foi. De le même manière, même en dehors de toute démarche militante, n'y a-t-il pas une espèce de « risque » de biais similaire à cause non pas des origines mais du genre des contributeur.rice.s ?

     

    Dans tous les cas, des actions sont mises en place pour augmenter le nombre de contributrices sur Wikipédia, et d’autres initiatives ont aussi lieu pour augmenter la « couverture » de sujets liés aux femmes, c’est-à-dire le nombre et le développement d’articles traitant de thématiques concernant les femmes dans l’encyclopédie.

    Des édit-a-thons (marathon d’édition, de edit et marathon) sont ainsi ponctuellement organisés. Ces journées ou moments contributifs sont ouvertes aux contributeur.rice.s d’un jour, formé.e.s sur place par des bénévoles, comme aux nouveaux et nouvelles wikipédien.ne.s et « anciens ». Par exemple, ces édit-a-thon peuvent traiter de femmes scientifiques (Projet:Femmes de science), de féminisme (Art+Féminisme, chaque année au début du mois de mars dans plusieurs villes du monde), de minorités (Projet:Mémoires minoritaires)… Ils ne sont pas tous réservés à la thématique des femmes mais certaines manifestations leur sont dédiées.

    Logo Wiki Love Women - Licence Créative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International. ; auteur : Thandiwe TshabalalaDes projets permanents existent également, principalement dédiés à l'amélioration du contenu de Wikipédia et pas nécessairement centrés sur la formation des nouveaux et nouvelles. Sur la version francophone de Wikpédia, existent le projet des Sans PagEs, qui a pour objectif d’augmenter le nombre de biographies consacrées aux femmes, ainsi qu’une partie du Projet:Suisse consacré aux bio de Logo Women in Red - Domaine public ; auteurs : Bubinator, Liftarn, Nevitfemmes suisses, les ateliers Femmes et Féminisme à Nantes, le projet Wiki loves Women... Sur la version anglophone, très active sur le sujet (du moins c’est mon impression), on trouvera plusieurs Wikiprojects dont Women in Red (logo ci-contre), ainsi que des mois ou des semaines d’éditions thématiques pour les personnes volontaires, comme récemment le Translate-a-thon consistant à traduire dans le plus de langues possibles 16 biographies de femmes africaines.

     

    Dans tous les cas, ces projets s’attachent à faire passer la contribution à Wikipédia pour un plaisir dans une ambiance bienveillante (car oui, Wikipédia n'est pas uniquement un champ de bataille où il faut jouer de  poings, loin de là !). Des ateliers ont aussi lieu dans diverses villes francophones : quelque soit votre genre, fille, garçon ou autre, renseignez-vous auprès de chez vous si vous êtes proche d’une grande ville et d'une WikiPermanence !

     

    Et pour revenir à notre série de billets, le.a wikipédien.ne se distingue également des autres terriens par ses mœurs, sa culture particulière et ses coutumes, détaillées dans le billet suivant.

     


    *Cet aspect n'est pas développé ici, car il mériterait un billet (ou plusieurs) à lui tout seul, mais le profil-type plutôt homogène, appartenant à des groupes sociaux « valorisés » ou « dominants » (ni minoritaires, ni marginalisés) peut influencer la vision des choses et biaiser le traitement de certains sujets. Par exemple, il est courant que certaines personnes ne s'aperçoivent pas de certains comportements problématiques faute d'être concerné.e ou sensibilisé.e. Ce peut être le cas notamment dans certaines problématiques liées au racisme, au sexisme, à l'homo/bi/transphobie etc. Ce peut également arriver quand un point de vue uniquement « hétérocentré » est abordé dans l'article, invisibilisant ainsi les autres perspectives qui sont peu ou pas abordées, alors qu'elles le mériteraient pour avoir un contenu exhaustif et pertinent.

     

    Crédits images :

    Puisque ça n'a pas l'air de marcher dans les infobulles...

    - "Amélioration de l'ergonomie", Ironie, Licence CC BY-NC-ND
    - "We can [edit]!", Jim Howard Miller (affiche originale) et Tom Morris (modification), domaine public (il me semble bien)

    - Logo Wiki Loves Women, Thandiwe Tshabalala, licence CC BY-SA
    - Logo Women in Red, Bubinator, Liftarn, Nevit, domaine public.

     

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