• (scoop : des fois c'est un peu chaud)

    Je viens de publier mon 100ème article sur Wikipédia.

    Et sur celui-ci, j'y ai passé du temps. Beaucoup de temps.

    Il faisait partie de la liste de sujets que je consigne dans mon carnet spécial et qui n'ont pas encore leur article sur Wikipédia. Souvent, ce sont des trucs assez spécialisés. Parmi eux, beaucoup de sujets qu'on pourrait qualifier de « sociétaux ». Parce que j'ai toujours voulu comprendre la manière dont le monde fonctionnait et que ben, c'est juste des choses passionnantes. Ces potentiels futurs articles figurent donc sur une liste que je conserve précieusement et (je l'avoue un peu honteusement) presque secrètement, parce que j'ai vraiment très envie d'écrire dessus moi-même - parce que je sais que ce sera plutôt bien fait comme ça.

    Par exemple, ce centième article, il traite de la grossophobie.

    Comme il ne semble pas s'agir d'un vocable familier à toutes les oreilles (je ne m'en suis rendue compte que récemment), la grossophobie désigne l'ensemble des attitudes et des comportements qui stigmatisent et discriminent les personnes grosses (en surpoids ou obèses). Parmi ces comportements, on peut citer les critiques ou les remarques apparemment anodines qui viennent du cercle proche comme d'inconnus, mais qui sont humiliantes (« comment elle peut oser sortir dans cet état », « tu devrais faire attention tu sais », ou entendu « je me demande bien où elle peut acheter ces culottes vu sa taille »). Scoop : dire ça n'a jamais fait maigrir personne, et au contraire, ça augmente même les risques de se tourner vers des comportements à leur tour susceptibles d'aggraver le surpoids. Mais la grossophobie, c'est aussi de la discrimination à l'emploi (accentué chez les femmes, victimes en prime du sexisme - supplément gratuit), durant son activité professionnelle (moins de promotion...), mais ça se produit aussi dès l'école (les professeurs te perçoivent plus bêtes que les élèves minces et ne sont pas avares de remarques blessantes non plus), puis dans l'accès aux études supérieures, ainsi que de la part du corps médical (ce qui entraîne mauvaise prise en charge médicale et peut aboutir à des traumatismes psychologiques).
    Ces comportements « grossophobes » proviennent du fait que dans l'imaginaire collectif, l'obésité et le surpoids sont considérés comme les révélateurs d'un laisser-aller, d'un manque de volonté, d'une absence de contrôle sur son alimentation de la part des personnes grosses, qui sont dès lors jugées comme les seules responsables de leur corpulence. Au détriment du fait qu'il s'agisse pourtant d'une situations dont l'origine est multifactorielle : physiologique, comportementale, psychologique, socioéconomique, culturel... Non seulement la grossophobie n'induit aucune perte de poids, mais elle peut avoir des répercussions à la fois physiques et psychologiques particulièrement néfastes, comme l'augmentation du risque de dépression, de troubles du comportement alimentaires, ou des dérèglements physiologiques aboutissant à un stockage plus important des graisses (exemples non exhaustifs)*.
    Cela atteint un tel point que parfois, les personnes grosses internalisent elles-mêmes cette grossophobie - tout comme des femmes peuvent internaliser le sexisme ou des personnes racisées peuvent internaliser le racisme qu'elles subissent.

    (fin de la digression)

    Bref, j'ai passé beaucoup de temps sur le sujet.

    Je connaissais déjà le terme depuis un an ou deux.
    Un jour, j'ai tapé grossophobie pour savoir s'il y avait un article sur Wikipédia.

    J'ai buggué.

    Y'avait pas d'article.

    Wikipensées
    Moi à ce moment-là.
    (je sais, je suis pas mal canon en vrai)

    Le seul article approchant était [[Acceptation des gros]], article à la qualité comment dire, franchement passable.

    Ma hantise numéro 1 : que le sujet ne soit pas admissible.
    Car sur Wikipédia, si un sujet n'est pas admissible, il peut être proposé à la suppression et un vote détermine si l'article correspond aux critères d'admissibilité ou non.
    Et quand tu as beaucoup bossé sur un sujet, j'imagine que ça doit faire un peu mal au cul que ton article que tu trouves tout beau et sur lequel tu as passé beaucoup de temps soit supprimé.

    En février de cette année, le sujet me semblait limite admissible.
    Pourquoi limite ?
    Car j'avais une source centrée sur le sujet d'une certaine année, une ou deux autres vagues sources d'une autre année, et ça s'arrêtait à peu près là (même après plusieurs pages de résultats Google). Pas terrible non plus. J'aurais préféré plusieurs sources par an sur le sujet, qui me permettraient d'être absolument catégorique sur l'admissibilité - et accessoirement, pouvoir créer du contenu et pas une coquille qui te laisse sur ta faim. Les autres utilisations du terme grossophobie restaient cantonnées à des milieux « confidentiels » qui ne faisaient pas de bonne sources (des forums, des blogs...) pour Wikipédia.
    Coup de pot, en juin, le livre On ne naît pas grosse de Gabrielle Deydier paraît. Il fait le buzz. D'un coup, c'est l'avalanche d'articles journalistiques sur la grossophobie, les médias semblent découvrir le phénomène.

    Dans mon cerveau : Super.

    Les sources en français se sont considérablement empilées en l'espace de quelques semaines. Plutôt redondantes, mais avec les quelques unes que j'avais consultées en début d'année, c'était susceptible de le faire.

    Wikipensées
    Avalanche de sources.

    Étape n° 2 : Se lancer.

    J'ai donc commencé au début du mois d'août un brouillon dans mon « espace personnel », afin de pouvoir prendre le temps de créer l'article sans qu'il soit modifié.
    Il a vite eu un plan (c'est quand même le plus important le plan), il s'est petit à petit étoffé, un coup par ci, un ajout par là, ah non ça ça va pas, ça ça a mieux sa place là, j'ai arrêté un peu (je suis partie changer d'air), je suis revenue, j'ai un peu repris. J'ai rapidement épuisé les sources en français (oui, en France, on n'est pas très bavards sur les discriminations envers les gros, ça semble un peu tabou). Pendant plusieurs jours, j'ai eu je sais pas combien d'onglets ouverts dans deux navigateurs différents pour pouvoir avoir deux espaces différenciés (une sur la grossophobie, un sur tout le reste). Mais mon ordi m'a dit merde « faut m'éteindre je m'essouffle me laisse pas que en veiiiiiille » alors j'ai tout mis dans des favoris (ce qui est débile parce que je ne me sers jamais des favoris, seulement de la barre d'adresse). J'en faisais un peu tous les jours, ou tous les deux jours, des fois j'ai laissé en plan parce que j'en avais marre parce que j'arrivais pas à un résultat assez satisfaisant, puis j'ai repris, avant de saturer à nouveau parce que le résultat arrivait pas à atteindre ce que je voulais.

    J'ai trouvé un peu d'aide pour m'orienter vers la bonne traduction en anglais et trouver de la « vraie » littérature à ce sujet (scientific papers, you know what I mean toussa toussa). J'ai lu environ trois articles sur le weight stigma (stigmatisation basée sur le poids). Vous pouvez trouver ça ridicule (trois, c'est pas beaucoup), mais c'est particulièrement absorbant à lire (surtout quand ce n'est pas dans votre langue maternelle, et que pour éviter toute mauvaise interprétation il est préférable d'être bien concentrée). C'était loooooong, parce que j'étais pas trop motivée et en état d'être absorbée sur une tache pendant longtemps. Surtout quand tu sais que de manière générale, tu as beaucoup de difficulté à te plonger dans un truc à faire, mais qu'une fois que tu es dedans, tu sais juste plus t'arrêter tellement t'es absorbée... c'est un frein non négligeable à se lancer dans un truc, même dans un truc qui nous fait très envie.

    De temps en temps, vu que ça s'éternisait quand même pas mal, j'ai été un peu pressée de le publier.
    Mais c'était juste pas possible : non, c'est mal écrit là, c'est incomplet ici, tel aspect n'est pas encore traité. Quand même. Faut un minimum**.
    Une fois le minimum assurée, j'ai tellement saturé que j'ai presque commencé à ma lasser. Vraiment. Le prendre en grippe. Quand tu prends un article en grippe, c'est pas bon, vaut mieux le lâcher plutôt que s'énerver gratuitement dessus et faire du mauvais job.

    J'ai donc décidé presque du jour au lendemain de lâcher mon bébé cet article, pour qu'il soit renommé afin d'être publié dans l'espace encyclopédique (alors qu'avant, seules les personnes sachant où c'était l'auraient trouvé). Non pas avant d'avoir fait frénétiquement quelques modifications avant de le lâcher et de le laisser voler de ses propres ailes octets.

    En le laissant à de nouvelles mains, qui, j'espère vraiment, sauront le faire grandir et l'améliorer avec autant d'attention que je ne l'ai fait***.

    Étape n°3 : faire le constat.

    De tous les articles que j'ai créés, c'était de loin le plus difficile à écrire.
    Pas en raison de l'impact du sujet (j'ai la charge émotionnelle d'une petite cuillère quand j'écris sur WP), mais parce que les contours du sujet sont extrêmement difficiles à délimiter. La littérature en français est extrêmement rare à ce sujet. Le terme de grossophobie est utilisé pour la première fois dans cette langue en 1994, et par la suite, il semble principalement réservé à des milieux militants, par définition assez confidentiels du grand public. La preuve, seule une thèse (de droit !) en parle, quelques vagues articles de journaux, peu approfondis sur le phénomène, sans définition exhaustive, et c'est tout. De l'importance de se tourner vers l'anglais.

    Le sujet est par conséquent très vaste. En effet, j'ai rapidement eu l'impression que le sujet aurait pu être étendu à plusieurs autres articles car la grossophobie semble ainsi recouvrir :
    - la perception et l'image des personnes grosses / en surpoids / obèses dans la société (au sens large, donc les stéréotypes, les préjugés, les traits de caractères associés)
    - la stigmatisation des personnes grosses / en surpoids / obèses
    - les inégalités subies par les personnes grosses / en surpoids / obèses (précarité, prise en charge différenciée pour ne citer que ceux-là).
    Autant d'articles qui pourraient, je pense, être admissibles (avis aux amateurs / amatrices). Les sources (en anglais) abondent sur le sujet.

    Une autre chose délicate est également qu'on a vite fait de tirer ses propres conclusions, et d'aller « au delà » des sources, là où les sources sont bien plus prudentes. C'est aussi ça qui en grande partie a rendu l'écriture difficile : vérifier, et vérifier encore qu'on colle et qu'on est en train de respecter la source, qu'on n'a pas appliqué sa propre logique.

    Bref, écrire un tel article, totalement nouveau, sur un thème sociétal, qui plus est traité dans l'actualité, est véritablement un travail de précision et de longue haleine...

    Wikipensées
    Écrire sur Wikipédia à propos d'un sujet sociétal et d'actualité (allégorie)

     

    ------

    * Message : laissons les gros.se.s en paix.
    ** J'écris pas non plus sur Wikipedia pour gerber à la face du monde :-P
    *** Je vous jure que quand on passé autant de temps sur un truc pareil, on s'y attache. Vraiment.

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  • Au programme ce soir #14

    On pourrait croire que grâce à nos aînées, les principaux combats féministes ont été gagnés : le droit à l'avortement, à la contraception, au vote, à l'égalité des salaires, pénalisation des violences sexuelles...
    On pourrait croire, et beaucoup en sont effectivement persuadés qu'aujourd'hui l'égalité des sexes est devenue la norme et que le féminisme ne sert donc plus à rien, bon à remiser au placard avec les aiguilles à tricoter.

    Mais comme nous le rappelle cruellement ce documentaire intitulé La domination masculine, cette égalité n'est qu'une illusion.

    À travers un cheminement qui nous fait passer des jouets pour enfants au massacre de l'école Polytechnique au Canada (premier féminicide de l'histoire) et aux avis de masculinistes, ce documentaire nous rappelle bien que cette égalité n'est pas encore devenue la réalité ni la norme dans de nombreux aspects de notre quotidien, et que plus que jamais les combats féministes restent encore nécessaires.

    Trigger warning : nudité, violence (témoignages de violence sexuelle et conjugale), et surtout, bêtise misogyne profonde.

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  • Au programme ce soir #13

    Au programme ce soir #13

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  • Je crois que je commence à me plaire et à trouver la ville jolie.

    Certaines photos sont sous licence Creative Commons 4.0. Passer le curseur sur l'image pour voir s'il s'agit d'une de celles-là : une infobulle doit apparaître indiquant l'auteur à créditer et la licence en cas de réutilisation.

    Fontaine sur l'IJzerenleen à Malines 02

    Fontaine sur l'IJzerenleen à Malines 04

    Fontaine sur l'IJzerenleen à Malines 06

    Fontaine sur l'IJzerenleen à Malines 03

     Promenade maline(s)

    Promenade maline(s)

     

     

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  • Parce qu'en écrivant et relisant mon dernier billet, cela m'a évoqué certaines lectures, les voici :

    -Wikipédia:Contributeurs autistes sur Wikipédia

    Cette page est un essai, rédigé par Tsaag Valren, qui a contribué à écrire de nombreux articles labellisés sur les races de chevaux et la mythologie, dont elle est spécialiste, ainsi que la thématique de l'autisme sur Wikipédia. Cet essai présente les particularités propres aux personnes autistes, recense diverses caractéristiques de Wikipédia qui pourraient rendre attrayant ce projet à leurs yeux, mais aussi ce qu'elles peuvent apporter de spécifique à Wikipédia (et réciproquement). Et surtout, quelques contributeurs et contributrices concerné.e.s ont également apporté leur témoignage à propos de leur expérience sur le projet.

    - Autiste et Wikipédien

    Il s'agit d'un billet rédigé par Guillaume Paumier en 2009, billet qui a depuis été traduit en plusieurs langues et qui est à l'origine de la conférence éponyme qu'il a donné à Wikimania en 2015. L'auteur aborde la manière dont son fonctionnement a certainement influencé son approche des projets Wikimedia, principalement sous l'angle de la communication et de ses expériences.

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  • Une des questions que je me pose depuis quelques temps par rapport à Wikipédia et mon expérience de contributeur, c’est : pourquoi ?
    Nan, sérieusement, pourquoi passer du temps à un truc totalement virtuel, financièrement non rémunérateur, avec au final peu si ce n'est aucune reconnaissance ? Spoiler pour couper court à cette interrogation : je sais pas trop, si ce n’est que, me concernant, c’est assez addictif et fort plaisant malgré tout.

    Dronte de maurice BW

    (pour comprendre le pourquoi de ce dodo, consulter ce billet, paragraphe Totem)

    J’ai commencé à contribuer à Wikipédia en 2009, j’avais donc 14 ans (et demi, soyons généreux). Aujourd’hui, j’en ai 22 (et demi, idem). Et j’y suis toujours. Pire : pour moi, Wikipédia est sans conteste une expérience assez importante dans ma courte vie.

    Une question annexe que je me pose encore plus souvent depuis quelques temps, c’est : est-ce que j’ai apprécié commencé à contribuer à Wikipédia parce que cela faisait écho à des choses qui me plaisaient déjà, à des traits de ma personnalité, à mes habitudes, à ma manière de voir ou de faire les choses, ou est-ce le fait de participer à Wikipédia qui a forgé la personne que je suis et influencé certains de mes traits actuels ?

    (l’œuf ou la poule, en gros)

     

    Ce dont je peux être certaine, c’est que désormais, je retrouve certaines caractéristiques de ma personnalité en Wikipédia, et des caractéristiques « wikipédiennes » en moi.

    J’aime les plans. J’ai toujours aimé les plans. Les progressions logiques dans les discours, dans les exposés, voire, plus vital, dans mes cours[1]. Quitte à réécrire entièrement un cours magistral d’université pour aboutir à un résultat satisfaisant, c’est-à-dire, avec un « vrai » plan, avec des ensembles d’informations cohérentes, et pas jetées dans le désordre au petit bonheur la chance, quitte à y passer des heures. Quitte à frôler la crise de nerfs parce que tel ou tel esprit désorganisé rendait son cours absolument imbitable.

    Personnalité : origine ou résultat d'une addiction wikipédienne ?J’aime les choses carrées. Définies. Je suis une accro des définitions – mes camarades pouvaient anticiper mes crispations en cours en constatant l’absence de définition des termes abordés. J’aime la précision. J’aime chercher, creuser, avoir une vue d’ensemble, savoir pourquoi c’est vrai. Je peux me prendre de passion pour un truc absolument insignifiant et me mettre à compiler compulsivement des informations sur cette chose (et me perdre ainsi dans les tréfonds de l’internet...). J’aime les détails (on dit que le diable est dans les détails, mais en fait, pas de panique, c’est juste moi).

    (image de droite : le petit carnet dans lequel, entre autres, je classe d'un côté les articles que je crée et de l'autre ce que j'aimerais améliorer)

    J’aime les choses qui se répètent. J’aime avoir un cadre un peu rassurant et prévisible, avoir certains automatismes. J’aime les protocoles, j’aime pouvoir anticiper – ou, avoir suffisamment anticipé le reste pour pouvoir gérer un évènement imprévu. Quand quelque chose ne tourne pas il devrait, il est toujours rassurant de pouvoir retourner à une occupation apaisante ensuite – mieux, qui n’aura jamais de fin.

    J’aime travailler et faire les choses dans mon coin. Si je peux éviter de rencontrer des gens ou d’interagir avec eux, je l’évite. J’aime ma tranquillité quand je travaille. Je suis un rat de bibliothèque ou de laboratoire plutôt solitaire. Je n’aime pas les « parasites » qui blablatent de la meilleure manière de faire pendant des heures sans avancer ou qui critiquent gratuitement ton travail de manière non-constructive, pour finalement soit te rendre leur part du travail d’une qualité déplorable ou, au mieux, t’abandonner au dernier moment (#vécu). Travailler seul.e est en quelque sorte, à mes yeux, un gage de sécurité et de tranquillité. Un moyen aussi de n’être redevable à personne – que ce soit pour un bon ou un mauvais travail. Alors certes, Wikipédia est un projet collaboratif ! Mais la différence réside dans le fait qu’il n’y a pas d’interaction sociale IRL, qu’une éventuelle collaboration se produit par écrit, et qu’il n’y a pas d’enjeu : pas de note, pas d’obligation de résultat. De plus, autant certains sujets sont assez « électriques » sur Wikipédia (je pense par exemple à la politique et certains sujets de société), autant d’autres sujets (qui se trouvent être souvent ceux qui m’intéressent et ceux sur lesquels je contribue) sont extrêmement tranquilles, quand ils ne sont pas désertés. Il est alors aisé de n’être qu’une petite fourmi parmi d’autres.

    Je suis beaucoup plus à l’aise à l’écrit qu’à l’oral. J’aime ordonner mes pensées, prendre le temps de les organiser, les rédiger de la manière la plus adéquate, fidèle et précise possible. Je n’ai aucune répartie à l’oral, sauf cas particuliers[2], bien que j’aie pourtant les idées (et vous savez, toujours ce « mais j’aurais dû dire ça… » et l’impression de passer pour quelqu’un de stupide sans aucun argument), mais l’écrit me permet d’exprimer, et dans certains cas de défendre, un point de vue, parfois le mien, avec beaucoup plus de facilité.

    Dans la même optique, je préfère la raison à l’émotion. Prendre le temps de la réflexion, avoir le temps de peser les arguments lors d’une discussion, prendre du recul, éviter les réactions à chaud, étudier ses propres réactions pour aller chercher plus loin que ses propres réflexes et schémas de pensée habituels.

     

    Alors, toutes ces caractéristiques : origine ou résultat de mon addiction wikipédienne ?

    Sur Wikipédia, une certaine logique règne : quelques règles et recommandations (routine), une construction globalement similaire de l’espace encyclopédique (= les articles), plein de trucs bien rangés (catégorisation des articles, portails), la coopération passe par la discussion (écrit), il est souvent possible de faire les choses dans son petit coin sans déranger personne (tranquillité), que ce soit des broutilles (pour satisfaire son côté psychorigide) ou des plus gros trucs (se donner l’impression d’être productive ou bonne à quelque chose ?) et il est possible de satisfaire à la fois sa sérendipité tout en se disant que ce ne sera pas totalement perdu (#bonneconscience ?). Et surtout : c’est presque infini.
    Il y a un côté rassurant de se dire que peu importe où, quand et presque quoi, il y aura toujours à faire et que malgré le côté mouvant de Wikipédia, se dégage une certaine fixité[3].

    Certaines caractéristiques étaient déjà présentes chez moi bien avant que je ne contribue à Wikipédia, clairement. Et certaines caractéristiques de Wikipédia n’étaient sans doute pas pour me déplaire.

    De nos jours et au moins depuis le début de mes études, je suis extrêmement vigilante aux sources des informations. Je n’aime pas les affirmations gratuites : il me faut l’origine de l’information[4]. Il m’est assez facile de gérer une grande quantité de sources et de les exploiter pour obtenir un ensemble cohérent et organisé, logique. J’aime rédiger dans un style absolument neutre et uniquement informatif, sans laisser transparaître d’opinion personnelle, comme finalement on me l’a demandé dans la suite de mes études. Je suis intransigeante avec certaines erreurs de typographie (cachez-moi ces guillemets anglais que je ne saurais voir), les majuscules non accentuées dans les rapports (ce qui me fait pousser de grands soupirs, quand ça ne m’agace tout simplement pas) ou carrément l’abus de majuscule dans les noms. À mon grand désespoir, je me suis aussi révélée bien plus au courant en matière de législation concernant le droit d’auteurs qu’une grande partie de mes camarades durant mes études alors que tout ceci me paraissait… évident (coucou aux L1 BCG qui avaient purement et simplement copié du contenu de Wikipédia sans rien citer, ni licence ni auteurs… champions --").

    Mais s’agit-il de déformation personnelle ou déformation wikipédienne ?

     

    Personnellement, je n’en sais rien. Peut-être les deux ? Je suppose qu’il serait logique de penser que Wikipédia m’a attirée par certains de ses aspects, qui plaisaient à certaines de mes tendances (rigueur, routine, volonté d’apprendre et de comprendre ?). En retour, elle a peut-être contribué à renforcer certaines de mes tendances (importance des sources, fiabilité des informations) et sans doute à m’ouvrir à d’autres aspects (discuter et collaborer avec des gens, même virtuellement, me sensibiliser à certaines thématiques de droit, de libre). Comme une espèce de réciprocité. Certains disent de « cercle vertueux ». Oserais-je parler d’enrichissement mutuel ?

    Ce qui est certain, c’est que j’ai grandi avec Wikipédia. À un moment que certains jugeront central dans mon développement et la construction de ma personnalité. Cela m’a sans aucun doute beaucoup apporté autant académiquement (qui plus est dans le cadre d’études scientifiques) que personnellement. Et malgré le côté solitaire de la contribution à Wikipédia, voire le côté originellement asocial de ma participation et mon souhait de n’en faire qu’une occupation parmi d’autres, il est amusant de constater que certaines interactions wikipédiennes virtuelles ont abouti à des échanges suivis très enrichissants, parfois à vraies rencontres, de vraies amitiés[5] ou parfois plus. Quand le virtuel atteint le réel.

    Mais ceci est une autre histoire…

    Personnalité : origine ou résultat d'une addiction wikipédienne ?

     


    [1] Au cas où tu te pointerais ici pour la première fois (sait-on jamais) lecteur, sache que j’ai mis les pieds dans un établissement scolaire pour la première fois à 16 ans quand j’ai eu mon bac, en allant à la fac de Bio.

    [2] Genre grosse colère ou face à une personne avec laquelle je suis assez à l’aise pour lui balancer des trucs pas agréables à la tronche #lasympathiemedécrit.

    [3] Il y a un petit côté doudou…

    [4] Lire l’anglais sans difficulté est un plus. Même si je ne l’ai réalisé qu’en L3. Je me suis rattrapée ensuite.

    [5] Moi qui ne sais pas me faire des amis durables. Ça mérite d’être salué je trouve.

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