• The nice guy's complaint

    [TW / avertissement : viol, agression sexuelle]

    Cher lecteur, chère lectrice,

    Je voudrais partager un truc avec toi.
    Puis-je te dire que j'ai parfois très très fort la rage ? Et là, ce matin, en y repensant, j'ai pété mon coche.

    J'ai repensé à la réflexion de l'un de mes collègues, à peu près le double de mon âge, plutôt réfléchi par rapport à la moyenne de la boîte (le niveau est pas ouf), avec qui j'apprécie discuter même si je ne partage pas du tout la plupart de ses idées (plutôt trop libérales et rétrogrades à mon goût).

    Ce collègue me disait donc l'autre jour que pour lui, il faut absolument laisser les jeunes hommes draguer dans la rue et aborder les femmes presque au hasard, car sinon, ils ne pourront jamais rencontrer de jeunes filles et surtout, ils ne pourront jamais se marier.

     

    C'est tellement AHURISSANT comme raisonnement que je sais pas quoi y répondre.
    (et évidemment hétérocentré, hein, mais on n'est plus à ça près)

    Genre, c'est (encore, et toujours, et éternellement) aux filles de prendre sur elles et de se sacrifier en acceptant de se faire harceler (pardon, « aborder ») dans la rue pour que ces pauvres petits mecs aient une micro-chance de se marier ??? Pardon ??

    C'est tellement connu que la rue c'est tellement la manière idéale de faire connaissance après avoir vu une femme deux secondes et que de l'autre côté, c'est pas du tout flippant de se faire aborder par un mec dans la rue et de devoir repousser les demandes insistantes de discussion alors qu'on en a clairement rien à foutre et qu'on a surtout rien demandé.

    Le fait que la plupart tu temps quand tu es seule quelque part, tu sois obligée de te méfier de TOUS les mecs qui s'approchent un peu trop, y compris ceux en qui tu as confiance, de peur d'être agressée, lui en touche une sans faire bouger l'autre. Il n'a même pas l'air de comprendre.

    Pour mon collègue, si on se méfie de tous les hommes et qu'on les empêche de "nouer contact", alors ça pénalise les garçons gentils qui se « comportent bien » (mais aborder une femme dans la rue pour la draguer, est-ce vraiment un bon comportement ?!), sans aucune considération pour tous les gros relous qu'il faut supporter, notons.

    L'éternelle ritournelle de « oui mais les gentils... » en mode #notallmen.
    Sauf que non. Y'a pas de gentils qui tienne. Parce que, mec, c'est un "gentil" garagiste qui a cru instructif de m'agresser sexuellement la dernière fois hein. C'est un "gentil" garçon qui a cru bon de me forcer à lui faire une fellation "pour voir" si j'allais vraiment le faire. C'est un "gentil" garçon qui a cru bon de me dire à mon réveil que j'étais jolie quand je dormais (#creepy).

    Ton image du "mec gentil", elle est totalement fictive collègue. Ton Jean-Gonzague sorti de ta grande école de commerce et ton Lucas ne sont pas plus gentils ni plus safe que ton stéréotype du banlieusard ouvertement macho.

    Les mecs "gentils" sont peut-être les pires à redouter, parce qu'ils ne se rendent même pas compte de ce qu'ils font.
    Et ne réaliseront peut-être jamais parce qu'ils se considèrent juste au-dessus des clichés du "mec pas recommandable", parce qu'ils n'ont pas « vraiment » forcé davantage, parce qu'ils n'ont pas insisté (dans leur infinie bonté), parce qu'un baiser volé c'est « romantique » (spoiler : c'est une agression sexuelle), parce que « ça partait d'une bonne intention » ou que sais-je encore.


    Men.
    Are.
    Trash.

    Remettez-vous en question bordel.
    Essayez d'imaginer autre chose que votre propre cas.
    Les problèmes des autres gens par exemple, notamment ceux qui ne font pas partie de vos catégories sociales.

    Et les femmes ne vous doivent RIEN. Elles n'ont pas d'obligation à être gentilles, à s'occuper de vous (on jour, on reparlera de l'injonction au care ici), à vous « laisser une chance » ni quoi que ce soit de ce genre. Il est beaucoup plus probable que vous soyez le énième mec imbu de lui-même à vous penser tellement exceptionnel qu'il faut que vous l'abordiez après l'avoir uniquement jugée sur son physique que l'homme de sa vie (elle est assez intelligente pour trouver chaussure à son pieds elle-même).

    Et éduquez vos mômes au consentement.
    Ça fera un meilleur monde pour tout le monde.

    « To speak, or not to speak.
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  • Commentaires

    1
    ValJea
    Dimanche 17 Juin à 21:36

    Bah, je ne vois aucun "gentils" là-dedans !!!

    Ce qui aurait été intéressant, ça aurait été que ton collègue définisse ce qu'il entendait par "gentil"...

    Pour ma part, je ne vois pas très bien ce que ça signifie. 

    Eclaire ma lanterne, stp !

    Bisous

     

      

     

      • Mardi 19 Juin à 11:22

        Alors c'est facile de déclarer qu'aucun de ceux-là n'est gentil quand c'est a posteriori.
        A posteriori : c'est ça la différence.

        Pour la description du mec gentil, tu n'as jamais entendu dire que tel garçon « était gentil, lui » ? Jamais dit ou pensé « fais attention, tourne toi plutôt vers les gens et les garçons gentils » ou « moi je suis avec quelqu'un de gentil » ?
        C'est ça : un garçon gentil, qu'on pense qu'il ne tombe pas dans les travers des machos. Le garçon gentil, attentionné, bien élevé, qui n'attend rien en retour, prêt à fournir du support émotionnel gratuitement, bref : on lui ferait confiance et on lui donnerait presque le bon dieu sans confession, tu l'aimes bien, tes parents l'aiment bien (il est tellement gentil et cool qu'ils aimeraient que leurs fils lui ressemblent d'ailleurs), ta grand-mère l'aime bien : en apparence, il a l'air presque parfait non ? Tellement gentil qu'il pourrait être ton fils. Accessoirement, le mec gentil a aussi souvent une bonne opinion de lui-même : il est gentil, lui, il respecte les femmes, lui, il s'affirme peut-être même féministe, tout en restant modeste et humble, lui. Bref, tel est le portrait de celui qu'on appelle en anglais le « nice guy », ou en bon français, le « mec gentil ». Celui qu'on serait fièr.e d'avoir comme fils en gros, ou celui qu'on souhaite à sa fille.

        Sauf que le sceau du « gentil garçon » ou du « mec bien » n'est en réalité pas garanti à vie. Il peut se perdre, très, très facilement, et sans avertissement préalable. Avant mon agression sexuelle, rien ne m'avait choquée, rien ne m'avait mis la puce à l'oreille, je n'avais rien trouvé de « bizarre » et encore moins d'alarmant. C'était un mec gentil. Le gars qui a failli me violer ? Pour tous nos amis, c'était un mec super gentil, intelligent, attentionné, pas idéal mais pas très loin. Le genre de gars avec qui tu as de la chance d'être en gros, et pas seulement du point de vue des autres. Et il était tellement gentil que j'ai mis des années à comprendre que ça avait été vraiment une tentative de viol - et encore, c'est même pas moi qui ai posé ces mots-là - et non pas juste un « malentendu ». Bon, étant en train de me mettre à pleurer, je ne vais pas donner davantage d'exemples ^^'.

        Mais il n'y a pas de label « mec gentil » sur le front des gens. Rien qui permette de déterminer à l'avance qu'à tel, on peut faire confiance, et à tel autre, non. Parce qu'eux-mêmes ne sont parfois même pas capable de distinguer ce qui est bien de ce qui est mal : non, insister un peu pour coucher, ce n'est pas bien. Non, profiter de la « zone grise » du consentement, ça ne se fait pas. 

        Même le plus recommandable des gars est capable de violer (et non, le viol, ce n'est pas que par surprise ou par violence) ou d'agresser sexuellement (combien d'agressions sexuelles sont valorisées comme des actes romantiques au cinéma ? combien de baisers forcés érotisés ?) parce qu'ils feront un jour ou l'autre passer leur envie avant celle du respect de l'autre et des limites à ne pas franchir.
        Peu de personnes sont d'ailleurs vraiment capable de donner les définitions de ces termes (consentement, agression sexuelle, viol...) et se sont suffisamment éduquées sur la question pour être conscientes de ce qu'elles peuvent faire et surtout de ce qu'elles ne peuvent pas faire en mettant de côté leur égo dans le cadre d'une relation amicale, amoureuse, sexuelle ou de séduction. De telles personnes, ce sont (pour moi) des personnes safe.
        Et vu le niveau de féminisme moyen des mecs (car oui, il s'agit de comportements qui s'inscrivent dans le cadre de dynamiques sociales genrées : culture du viol, masculinité toxique...), clairement, il y du boulot avant d'arriver à ce stade de conscience. Car pour le garagiste par exemple, jamais il ne comprendra à quel point son geste était empreint à la fois de paternalisme et de sexisme, car pour lui, il a juste été « gentil ». Et pourtant, il est loin d'être stupide.

        Les personnes conscientes de tout ça et de l'impact que leurs gestes (même parfois anodins à leurs yeux) peuvent avoir dans de tels cas sont quand même peu nombreuses.

        En résumé : les viols et les agressions sexuelles (et j'ajouterais : les comportements déplacés) sont commis par des gens normaux. Et dans la majorité des cas (80 %), par une personne proche de la victime, qui appartient à son cercle de confiance (amis, collègues, parents, mari...) et non pas par un inconnu, la nuit dans une ruelle sombre. Ce n'est donc pas une question de naïveté ni de fréquenter des personnes qui ne sont pas « gentilles ».

        Je dépasse de beaucoup la question de départ, mais ça me semblait être des précisions nécessaires.

        Mais tout ça pour dire, après avoir décrit ce qu'est le garçon gentil, que tous les garçons gentils sont capables de déraper, sans crier gare un jour ou l'autre, s'ils n'ont pas pris conscience de tout ça (au minimum). Et comme on n'est pas dans la tête de la personne d'en face, même si elle semble sincèrement gentille, en vrai, au quotidien ça reste la loterie.

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    2
    Valjea
    Jeudi 21 Juin à 18:31
    Merci pour cette réponse circonstanciée !
    Alors plutôt que gentil, je dirais "sain et équilibré". Après je me rends bien compte que maintenant (en observant autour de moi), ce n'est pas une espèce très répandue.
    Sujet crucial mais difficile d'en parler là...
    Bisous
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