• Trouver le bon (médecin)

    Lecteur, lectrice.

    J'ai une annonce solennelle à te faire. Je suis émue à l'idée de le dire ici.

    Je crois que j'ai trouvé un médecin.

    Ouais, bon, un médecin tu me diras.
    Oui mais non, mais pas n'importe quel médecin.

    MON médecin. (tu saisis?)
    Un BON médecin (je crois).
    Un médecin HUMAIN (je suis sûre).

    Tu saisis la nuance ?

    Un médecin HUMAIN.

    Laisse moi te (re)conter mon histoire pour comprendre l'importance de cet évènement (OUI, c'est un évènement).

    Il s'avère que j'ai pas mal de difficulté à trouver un médecin qui me convienne.

    Par cela, j'entends : quelqu'un qui ne reste pas coincé.e dans ses certitudes médicales d'un autre âge (ça, c'est le pire : les certitudes des médecins français, avec leurs connaissances d'un autre âge...), quelqu'un qui a l'air ouvert (pas quelqu'un où tu lui dis un truc et te répond directement... parfois totalement à côté de la plaque), et quelqu'un qui écoute (pas seulement d'une oreille, mais qui écoute vraiment ce que tu as à dire et le prend en compte).
    Bref, j'ai envie de dire : tout ce que devrait être un médecin quoi, ou un soignant (soit à peu près ce que j'aspire à être).

    En raison de ma « pathologie », j'ai engrangé très jeune pas mal de connaissances en matière de contraception / suivi gynécologique. Or, je me suis rapidement retrouvée confrontée à une médecin aux connaissances sur ce sujet totalement dépassée.
    Comme c'était la seule disponible dans les environs, j'ai quand même du me la coltiner quand même pendant plusieurs années et faire « des compromis ».
    Mon problème, ou plutôt la solution à ce problème, était pourtant simple : « juste » un médoc précis pour me soulager (c'est par là pour les explications sur mon médecin, son attitudes et la galère que ce fut si tu veux des détails).
    Il m'a fallu presque un an pour l'avoir.

    Les connaissances actuelles disent en gros : pas de suivi particulier après la première année, pas besoin de revenir tous les 3/6 mois (une fois par an suffit), pas besoin de prise de sang ni d'examen invasif (ce qui est pourtant actuellement la norme en France).
    Pourtant, j'ai du non seulement me "fighter" avec elle pour obtenir ce dont j'avais besoin et j'ai du longtemps subir une partie des examens qu'elle m'imposait, car j'habitais en campagne et qu'elle était le seul médecin auquel j'avais accès (chantage médical "si tu fais pas ça, je te donne pas ton ordonnance" en gros).

    Sans compter les autres remarques très « conformistes » auxquelles j'avais droit en consultation : tu as forcément un copain (un, pas une), si tu en as un, tu as forcément une vie sexuelle (flash info : non, ça ne va pas forcément de paire), ce bouton-LÀ c'est forcément une MST voyons (si si ; c'était un bouton d'acné...), et, à mes 14 ans, « regarde, tu vas pouvoir dire à toutes tes copines que tu prends la pilule » (non mais WTF ?!). Sans compter les remarques sur mon frère autiste, où il est inutile de préciser qu'elle n'y connaissait RIEN en trouble du spectre autistique (enfin, non, ça c'est gentil, parce que ça lui laisse le bénéfice de l'ignorance ; en fait, elle avait de MAUVAISES connaissances en fait et elle confondait avec plein de trucs divers et variés).

    Trouver le bon (médecin)

    D'autres expériences proches m'ont fait développer une grande méfiance face aux médecins et aux professionnels de santé (avec une envie de leur coller des {{refnec}} tout le temps en somme et de les secouer en mode « mais non, vous n'y connaissez rien, c'est PAS DU TOUT ÇA METTEZ VOUS À JOUR »).

    J'ai vu une fois, en début d'année, un médecin qui m'aurait plu s'il avait pris d'autres patients, ce qui n'était pas le cas. Tant pis.

     

    Récemment, pour un tout autre problème, j'ai vu une autre médecin généraliste, une jeune, qui m'a fait des remarques sur mon suivi médical (en mode « vous devez absolument être suivie par un spécialiste pour...»). Sauf que non : je n'en ai pas besoin, ce n'est ni une recommandation officielle d'être suivie à mon âge, et quoiqu'il en soit, même si hypothétiquement il y avait quelque chose, ça ne constituerait même pas une contre-indication médicale à la délivrance de mes patchs. Elle a également omis de m'informer de précisions importantes sur mon nouveau traitement pour mon problème du jour - heureusement que je suis dégourdie et que j'y ai pensé à sa place en gros. Bref.
    J'avais eu en plus mon renouvellement d'ordonnance pour mon patch, sous réserve d'un « mais vous devez ABSOLUMENT vous faire suivre par un spécialiste ».
    J'ai dit « oui oui » mais intérieurement c'était un « hum, nope ». Bref. C'était pas une franche réussite non plus.

    Dans la foulée, j'ai du me rendre dans une laboratoire médical pour un prélèvement gynécologique. Inutile de préciser que j'y suis allée, certes avec courage, mais franchement à reculons. Impression agréable d'être prise pour un numéro, mauvais pressentiment face à la biologiste qui devait faire le prélèvement. Demande d'explication sur le déroulement de la procédure (c'est normal qu'on vous explique ce qu'on va vous faire, non ?) résumé en « comme un examen gynéco » suivi d'un « QUOI MAIS COMMENT VOUS EN AVEZ JAMAIS FAIT VOUS ETES VIERGE AU MOINS HEIN ».
    Pas du tout mise en confiance, je me suis sentie obligée de répondre oui. Elle me répond soudainement que ça change tout par rapport à la demande du médecin d'un prélèvement interne et externe : « AH BAH NON JE VOUS FAIT QUE L'EXTERIEUR ALORS JE RENTRE PAS DEDANS » suivi d'un « JE VOUS METS PAS DE SPÉCULUM PARCE QUE JE FAIS PAS CA AUX VIERGES QUAND MEME ».
    => So what ? si t'es pas vierge, on s'en fout de ta douleur c'est ça ?! (Connasse).
    Je bouillais. C'est pas parce que tu as eu un rapport avec pénétration une fois, deux trois, dix fois, cent fois que ça fait PAS MAL. La vaginisme, elle connaît ?!
    Ben en tout cas BINGO : son prélèvement m'a fait tellement mal en dehors que j'ose même pas imaginer la douleur que ça aurait été si elle avait prélevé intravaginalement. Je suis rentrée en larmes.
    Donc au départ, je m'en suis voulue d'avoir menti et qu'elle ne puisse pas faire toutes ses analyses, et à la fin j'étais presque soulagée de pouvoir m'enfuir de là en n'ayant « que » mal plutôt à l'extérieur. Vous parlez d'une expérience qui met en confiance hein. Bref, je me suis jurée que PLUS JAMAIS j'irais faire ça. JAMAIS.

    Trouver le bon (médecin)

    L'eau a un peu coulé sous les ponts.

     

    Mon problème étant réapparu, mon retour en Belgique étant proche, réticente à retourner voir la précédente généraliste, mais ayant la trouille de voir quelqu'un de nouveau avec qui ça pourrait être pire, finalement poussée à aller voir ailleurs, j'ai pris rendez-vous avec autre généraliste proche d'ici.

    J'étais vraiment moyen en confiance.
    Déjà, la salle d'attente avait des fausses fleurs, des portes en violet clair - mauve et des étagères en violet-fuschia.
    Faut dire aussi que la radio de salle d'attente, c'était Radio Notre-Dame.
    J'ai franchement douté que ce soit une bonne idée.


    Et pourtant, magie.

    Trouver le bon (médecin)

     

    Elle m'a laissé parler, elle m'a écoutée. Elle a ENTENDU ce que j'avais à dire.

    Je lui ai donné mes résultats d'analyse, mais je lui ai raconté comment je n'avais été en confiance dans un laboratoire médical et où j'avais menti pour ne pas avoir eu de prélèvement invasif. Elle m'a dit que si je l'avais pas senti, j'avais eu raison.

    Quand je lui ai dit que l'autre médecin m'avait dit qu'il me fallait absolument un suivi gynéco, elle m'a regardée et m'a dit « Mais elle est FOLLE. Surtout que vous êtes jeune en plus. » ET TOC. (je te jure, j'avais envie de la prendre dans mes bras)

    Je lui ai dit que du coup, je n'y étais pas retournée. Elle m'a dit que j'avais eu raison.

    Elle m'a donné un traitement pour mon problème, sans m'examiner - il n'y avait pas besoin. Elle m'a tout réexpliqué. Comme j'habite loin, elle m'a expliqué quoi faire au cas où je ne pourrais pas aller voir de médecin tout de suite. J'ai pas eu besoin de lui dire que j'habitais loin, elle y a pensé toute seule.

    J'avais pas l'impression d'être juste un cas ou un problème, tu vois lecteur, j'avais l'impression d'être une VRAIE personne avec, il est vrai, un vrai problème mais avec une vie, un vécu et un ressenti et le droit de dire ce que j'avais à dire. Et le droit à ce que tout ça, ce soit pris en compte.
    Tu peux pas savoir la différence que ça fait.

    Et aussi, j'avais l'impression d'avoir affaire à une vraie personne humaine.
    Elle s'est excusée pour son retard, en me disant qu'elle était désolée mais qu'elle voulait absolument prendre son temps pour accueillir ses patient.e.s et surtout les nouveaux/nouvelles - et que certain.e.s avaient vraiment besoin de plus de temps que d'autres pour être écouté.e.s.

    Je lui ai pas parlé de mes patchs que je prends en continu parce que j'en n'avais alors pas besoin, mais je suis à peu près certaine qu'avec elle, ça se passera bien. Je suis persuadée que quand je lui parlerai dépression, autisme et syndrome d'Asperger, elle m'écoutera et elle cherchera à comprendre.

    Pour la première fois, j'ai confiance en un médecin.

    Lecteur, lectrice, tu peux pas savoir le bien que ça fait.

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